
Car il était seul à présent. Les trois restants étaient partis, un par un, sans se retourner. Peu à peu, le nombre de pratiquants du rituel avait diminué, jusqu'à ce qu'il s'éteigne. Chaque hiver, seul, il regardait la cathédrale de givre se reformer, couvrant les murs de pierre et coulant dans les artères où la magie s'écoulait elle aussi, refroidissant un peu l'atmosphère à l'intérieur, sans que quiconque le remarque. C'était l'hiver, après tout.
Il entra dans une sorte de sommeil agité, las d'attendre que quelqu'un se souvienne de lui, de sa conscience et de son existence. Il n'était pas juste une construction. Mais il avait un devoir. Se dresser et protéger. Alors, sa conscience allait et venait dans le temps, s'ancrant lorsque les flux luminescents s'intensifiaient. Il laissait ses pensées venir, observant les personnes qui apprenaient à grandir et à vivre au sein des murs. Des flashs de vie le parcourait, des bribes papillonnaient alors que les années s'écoulaient. Des générations passèrent, et il put enfin se reposer sur les directeurs et les mages qui résidaient dans ses murs.
Ils ne connaissaient toujours pas le secret du rituel, ni de sa création, mais leur volonté était forte et leurs intentions globalement positives. Il pouvait enfin se replier un peu plus, et cesser de protéger activement le terrain et les pierres. Il se retira, doucement, petit à petit, creusant peu à peu un trou que personne ne remarqua vraiment, un creux que seuls certains habitants fantomatiques percevaient, et encore. La première étape était achevée.
Il laissa les pierres et les tours entre de bonnes mains, qui les habitèrent de plus en plus avec des dizaines de petits sorciers et de petites sorcières de toutes les origines, tantôt brillants par leur courage et leur intrépidité parfois irréfléchie ; tantôt par leur gentillesse, leur bonté et leur loyauté infaillible. Parfois, c'étaient des rêveurs, des penseurs ou des chercheurs, ou encore de rusés personnages, qui se donnaient corps et âmes dans les tâches et faisaient preuve de beaucoup d'ingéniosité. Toujours est-il qu'ils faisaient vivre celui qui n'était plus ou celui qui n'était pas vraiment, par leur simple présence, leur vie et leur magie, alors qu'au fond un rituel attendait ses quatre participants lorsque quatre tables de couleurs similaires à d'anciennes capes se dressaient dans une grande salle.
Un jour, il perçut une âme sauvage arriver dans le château, encore jeune, suivie de trois autres âmes plus vivaces, qui éclipsaient presque celles de certains autres jeunes gens. Un brusque courant de brume magique plus tard, et le château se rendormait.
Il fallu attendre encore trois ans pour que les jeunes trouvent le secret du château, c'est à dire sa conscience, et encore quelques mois de plus avant qu'ils comprennent pourquoi donc ils avaient réussi il y a de cela quelques mois à faire une carte de l'incartable. Ils avaient été reconnus.
Ils ne savaient au final pas trop quoi en faire, de cette reconnaissance qui leur venait de nul part. L'âme sauvage avait vérifiée, il n'y avait pas de raison valable au vue de leur ascendance. Le seul point commun avec les autres personnes qui n'avaient jamais été reconnues, les Fondateurs, était le nombre, puisqu'ils n'appartenaient même pas à des maisons différentes. Alors ils stockèrent cette information dans un coin de leur tête, avant de continuer leurs journées faites de farces, de magie et de disparitions à la pleine lune.
Lorsqu'ils parvinrent à leur dernière année, le château envoya un bref flux de magie, comme un dernier signe de la main d'un ami lointain. Ce fut tout. Ils ne pensaient pas revenir entre ces murs. Pourtant, alors que ces âmes d'à peine vingt ans combattaient dans une guerre âpre, elles revenaient régulièrement au château, pas toujours toutes ensembles, leurs visites s'étalant au compte-goutte, au gré des missions.
Un soir orageux, alors que le directeur actuel s'était absenté pour aller parler à une demi-visionnaire, les centaures purent voir des étoiles s'aligner dans le ciel. Le destin chamboulé venait de connaître une prophétie, intimement liée aux lieux où elle s'était faite, qui résonnait intrinsèquement dans les ondes de magies des alentours.
Le château sentit ces vagues de mauvaise augure le parcourir, avant de les transmettre, comme un avertissement, aux quatre rassemblés, qui frémirent de concert.
‒ On vient de marcher sur ma tombe. Les quatre voix s'étaient unies, légèrement tendues.
La panique et la peur grimpa lentement dans les veines des héritiers de ses maîtres. Avec gratitude, la bâtisse sentit le givre commencer à courir dans ses veines de pierre, faisant écho à la peur qui rampait chez les quatre. Dévoilant un passage dans un de ses murs, le château invita directement la bande à le suivre, les menant jusqu'aux soubassements de l'école, le lieu originel de la célébration. Comprenant d'instinct leur rôle, les quatre se placèrent, capes flottantes dans un vent immatériel, et entonnèrent le rituel vieux comme leur société et peut-être plus encore.
Enfin sortit de son sommeil de marbre, le château pouvait de nouveau pleinement remplir son rôle. Le givre couvrit toutes les voûtes de la salle souterraine, piégeant en son sein des volutes de magies rendues réelles. Ce que les quatre combattants ne savaient pas encore, c'est que cette célébration venait de lier leur destin pour l'éternité, quel qu'en soit l'issue.
Mais toi, lecteur, attend ! Patience, patience, demain tu le sauras.




Cette fougère a été mentionnée à plusieurs reprises dans des récits d'explorateurs du Grand Nord, au long des siècles. Pendant très longtemps, les sorciers lapons partant vers le nord de la Laponie, à la recherche de certains ingrédients, faisaient escales, sur leur longue route, près de ces plantes qui apportent un peu de douceur dans un paysage dans lequel les températures descendent fréquemment sous les -20°C. En effet, autour de ces fougères, dans un rayon d'un mètre environ, l'atmosphère est réchauffée par les fruits flamboyants de la plante et les températures restent toujours positives même dans les pires conditions climatiques.




Il existe différents types d'haltijas, chacun lié à un aspect particulier de la nature ou à un environnement. Je vais vous faire découvrir trois catégories d'haltijas : les Metsänhaltijas, les Vedenhaltijas et les Kotihaltijas. Si ce sont des êtres bienveillants et pacifiques, ils sont fiers et défendent leur habitat grâce à leur magie.















Les Salamandres Jääpala sont de petits batraciens de cinq à dix centimètres, vivant principalement dans les eaux très froides des lacs gelés de Laponie, et s’aventurant parfois sur les sols couverts de neige situés à proximité. Elles tirent leur nom d’un mot finlandais signifiant « glaçon », ce qui en dit long sur leurs caractéristiques.


















































































