
Depuis quelques mois maintenant, le Ministère et plus particulièrement le Département des Mystères fait face à des phénomènes inexplicables qu'il est encore impossible à comprendre. Une salle de temps qui émet des vibrations par ses retourneurs de temps et de la lumière ou encore la Salle de la Mort qui est témoin d'apparition et de bruits de pas inexpliqués.
Suite au début de l'enquête et à l'importance de ces phénomènes, notre investigateur Dan Wright a décidé de se retirer de l'enquête ayant été affecté par les événements précédents et de transmettre le flambeau à Mister Hampton pour la suite.
Au cœur du Département des Mystères, dissimulée dans les profondeurs du Ministère de la Magie, se trouve une pièce que même les sorciers les plus aguerris évitent de fréquenter trop longtemps : la Salle des Prophéties. Alignées à perte de vue sur d’immenses étagères de pierre, des milliers de sphères de verre y reposent dans un silence presque sacré. Pourtant, ceux qui ont osé s’y aventurer parlent d’un silence trompeur, un silence habité.
Car ici, les prophéties ne dorment jamais vraiment. Voici ce que notre enquêteur a vécu plus d'1 mois après les événements de la Salle de la Mort.
A la frontière entre la réalité et l'autre monde
Venu constater les méfaits précédents, j'avançais tranquillement dans le grand hall du Ministère. Il fait sombre et froid. Par moment dans l'obscurité, j'avais l'impression que quelque chose bougeait et me suivait mais il n'y avait personne ni le moindre bruit. Je prenais les ascenseurs jusqu'au Département des Mystères dans le but de me rendre à la Salle de Mort. Je travaillais la Salle des 12 portes et arriva dans la salle de l'Amour qui était verrouillée. Je continuais mon chemin jusqu'à la Salle des Prophéties, salle nécessaire à traverser pour y accéder.
Malheureusement, je n’oublierai jamais le moment où la porte s’est refermée derrière moi.
Un claquement sourd, presque étouffé, qui semblait avalé par l’épaisseur des murs du Département des Mystères. Devant moi, la Salle des Prophéties s’étendait à l’infini. Une forêt d’étagères sombres où reposaient des milliers de sphères de verre. Une lumière faible, vacillante, flottait dans l’air juste assez pour distinguer les allées, pas assez pour dissiper le malaise.
Au début, il n’y avait rien, juste le silence. Un silence total, du moins en apparence. Je déambulais dans les allées en passant devant toutes ces sphère brillantes qui attendaient sur les étagères.
Puis tout d'un coup, j’ai cru percevoir un son, presque rien comme un souffle puis un autre souffle comme si quelqu’un chuchotait à l’autre bout de la pièce.
Je me suis arrêté et c’est là que je l’ai entendu distinctement.
Un murmure.
Impossible de dire d’où il venait, ni d’une direction précise, ni d’une sphère identifiable. Il semblait partout à la fois et se baladait comme une ombre dans l'énorme salle. J'entendais une multitude de voix entremêlées, certaines graves, d’autres aiguës, toutes incompréhensibles… sauf une.
Une voix qui murmurait un mot continuellement "Oliver, Oliver".
Mon prénom, prononcé clairement.
Un frisson m’a parcouru l’échine. Instinctivement, je me suis retourné, persuadé que quelqu’un se tenait derrière moi. Mais il n’y avait rien. Rien d’autre que les étagères et ces sphères silencieuses… en apparence.
“Ne cherchez pas à comprendre tout de suite.”
La voix m’a fait sursauter.
Un homme venait d’apparaître au bout de l’allée. Robe sobre, regard fatigué mais étrangement lucide. Il s’est approché sans bruit comme s’il faisait partie du lieu.
“Vous les entendez, n’est-ce pas ?” m’a-t-il demandé calmement.
J’ai hoché la tête.
“C’est normal. Elles réagissent à vous.”
Il m’a expliqué qu’il travaillait ici depuis plus de quinze ans. Qu’au début, il pensait que les murmures étaient des illusions, des effets secondaires de la magie ambiante.
“Mais ce n’est pas le cas,” a-t-il ajouté. “Les voix ne viennent pas de la salle. Elles viennent de vous ou plutôt de ce qui vous est lié. Elles vous ont vu, elles ont vu votre collègue également. Il est trop tard désormais.”
Il m’a confié que certains visiteurs n’entendent rien. D’autres, en revanche, sont littéralement submergés par les voix.
“Et quand une sphère vous concerne…” il s’est interrompu, jetant un regard vers les étagères, “elle vous appelle. ”
Nous avons continué à marcher. C’est là que je les ai vues.
D’abord, je pensais à un simple jeu d’ombres. Une forme qui glisse entre deux rangées. Puis une autre, plus nette, presque humaine. Elles se déplaçaient lentement, comme si elles flottaient plutôt que de marcher.
“Vous les voyez aussi,” murmura l’employé.
Ce n’était pas une question.
“On s’y habitue,” a-t-il dit. “Enfin… on apprend à ne plus réagir.”
Il m’a expliqué que ces silhouettes apparaissent surtout lorsque la salle est “agitée”.
“Certains pensent que ce sont des résidus des voyants. D’autres parlent d’échos du futur. Personnellement… je préfère ne pas trancher.”
À cet instant, l’une des formes s’est arrêtée au bout de l’allée. Elle semblait nous observer. Puis elle a disparu.
Quand un bruit sec a résonné derrière nous comme un pas. Nous nous sommes retournés en même temps. Personne. Puis un autre bruit. Plus proche. Un léger tintement, comme du verre qui vibre.
Une des sphères, à quelques mètres, tremblait doucement sur son support.
“Ça arrive souvent ?” ai-je demandé, la voix un peu trop tendue.
“Pas toujours,” répondit-il. “Mais quand ça commence… mieux vaut ne pas rester trop longtemps.”
Il s’est approché de la sphère sans la toucher.
“Elles réagissent aux événements,” dit-il. “Parfois à ce qui est en train de se produire. Parfois à ce qui va arriver.”
Le tintement s’est intensifié, puis s’est arrêté net. Le silence est revenu. Brutal.
“Il y a une chose que vous devez comprendre,” reprit-il en me regardant droit dans les yeux.
“Ces prophéties ne sont pas de simples objets.”
Il marqua une pause.
“Elles savent.”
Je ne savais pas quoi répondre.
“Elles savent qui vous êtes. Ce que vous avez été. Et peut-être… ce que vous serez.”
Un souffle glacé a traversé l’allée ou peut-être était-ce mon imagination.
Autour de nous, les sphères semblaient différentes, plus présentes comme si elles nous observaient en retour.
“Il est temps,” dit soudain l’employé en m'indiquant la sortie.
Je n’ai pas discuté, j'ai commencé à avancer en direction de la porte puis en me retournant, j'ai constaté que j'étais seul. L'employé s'était comme volatilisé comme un souvenir.
En quittant la Salle des Prophéties, j’ai ressenti quelque chose de difficile à décrire, pas seulement du soulagement ni de la peur mais plutôt l’impression étrange d’avoir été perçu.
Comme si, pendant un instant, je n’avais pas été un simple visiteur mais un élément de plus dans cet endroit hors du temps.
Avant que la porte ne se referme derrière moi, j’ai cru entendre une dernière fois les murmures, plus clairs, plus proches.
Et une pensée m’a traversé l’esprit, sans que je sache vraiment si elle venait de moi :
Et si la Salle des Prophéties ne montrait pas le futur mais choisissait qui a le droit de l’entendre ?

