Par Nausicaa le 15 avr. 2025,

Après vous avoir conduit dans les frimas de la Laponie, cet hiver, j'ai décidé de vous faire découvrir, en ce printemps, un pays empli de monuments, et de vestiges très anciens, qui interpelle l’imaginaire de beaucoup d’entre nous : l’Égypte.
Des rives de la Méditerranée aux terres nubiennes, de l’Oasis de Siwa aux montagnes du Sinaï, cette contrée fascinante reste une terre d’exploration et de découverte, associée au monde de la magie depuis l’époque des premiers pharaons jusqu’au voyage de la famille Weasley.
Dans ce premier des carnets de voyage consacrés à l’Égypte, je vous propose d’essayer d’appréhender un peu la civilisation du monde des sorciers dans l’antiquité.
●○●
Pour cela, je voulais partager avec vous un aspect fondamental de la culture pharaonique et des traces archéologiques qu’elle nous a laissés : le lien étroit entre animal et être humain. Tout le monde connaît les sphinx, une espèce assez rare mais présente dans la valise de Newt, et qui se caractérise par un corps de lion et une tête humaine. Cette créature est présente dans la pierre à de multiples endroits à travers le pays. Bien évidemment, sa forme la plus connue est celle du grand sphinx de Gizeh mais il existe également une allée de plus de six-cents sphinx de pierre entre le Temple de Karnak et celui de Louxor. Certains magizoologistes pensent d’ailleurs que le sphinx a été créé par un sorcier égyptien.

Différentes statues de sphinx, à Guizeh, à Louxor et au Temple d'Hatchepsout à Deir El Bahari
Au-delà de cet animal mystérieux, la présence prédominante de figures humaines à tête d’animaux est un élément essentiel de la civilisation égyptienne. Si les moldus pensent que tous ces personnages sont des divinités, mes discussions avec plusieurs historiens égyptiens de la magie tendent à prouver que si l’on a représenté des hommes à tête de faucon, chacal, ou ibis, c’est parce que les sorciers de l’Égypte antique, très présents et influents dans la société, avaient une prédilection pour la métamorphose animale, bien avant les plus anciens animagi, recensés au Moyen-Âge !

Fresques murales, début de la XX° dynastie, Tombe d'Amen-Khopshef, fils de Ramses III, Vallée des Reines, Thèbes Ouest
Il est probable que le processus de transformation n’était pas le même que de nos jours et que de complexes rituels, associant potions et sortilèges, aujourd’hui disparus ou encore incompris, étaient nécessaires et pouvaient occasionner des effets secondaires comme la persistance d’une tête animale sur un corps humain en cas de mauvaise maîtrise d’une des étapes du processus, ou bien d’utilisation répétée ou prolongée d’une telle magie. L’importance sociale de ces sorciers auraient incité les moldus à les considérer comme des dieux, tout comme ils associaient le pharaon et le monde des dieux.

Isis, sous la forme d'un milan, planant au-dessus d'Osiris embaumé, haut-relief, XIX° dynastie, Temple d'Osiris, Abydos
Un exemple de cette maîtrise de la métamorphose animale est un des mythes associés à Isis, qui est par excellence la déesse de la magie dans l’antiquité. Lors de l’assassinat d’Osiris par son frère jaloux, Seth découpa son corps en quatorze morceaux, qu’il dispersa un peu partout en Égypte. Afin de reconstituer son époux et de lui redonner vie, Isis se métamorphosa en milan, un rapace cousin du faucon, et survola tout le pays à la recherche des différentes parties. Elle finit par toutes les retrouver et grâce à l’aide d’Anubis, elle réussit à reconstituer le corps d’Osiris qu’elle survola à nouveau sous sa forme d’oiseau afin de lui insuffler la vie et de pouvoir s’accoupler avec lui, ce qui donna neuf mois plus tard la naissance d’Horus, à tête de faucon.
Isis, avec les cornes d'Hathor, et Horus, haut relief, XIX° dynastie, Temple d'Osiris, Abydos
Encore une fois, les contes et mythes moldus évoquent une réalité qui les dépasse, celle du monde des sorciers. Isis était probablement une sorcière très puissante, capable de ressusciter des morts, maîtrisant ainsi de puissants sortilèges de guérison mais aussi pouvant se transformer en oiseau. Elle est aussi liée à Hathor et apparaît comme une sorcière bienveillante aux multiples pouvoirs. Les historiens de la Magie pensent d’ailleurs qu’Isis est plus le nom d’une lignée de sorcières que d’un seul individu.

Dieu Thot, XX° dynastie, Tombe de Ramses VI, Vallée des Rois, Thèbes Ouest
Cette connaissance de la métamorphose n’est pas l’apanage d’Isis mais semble très répandue chez les sorciers de l’antiquité, si l’on en juge par la quantité de représentations, un peu partout le long de la vallée du Nil, que ce soit dans des temples ou des tombeaux. Il semblerait même que les sorciers choisissaient leur forme animale en fonction de leurs activités. Ainsi, les sorciers s’occupant d’astronomie, d’histoire, d’écriture, se changeaient traditionnellement en ibis, ce qui se retrouve dans le dieu Thot.

Dieu Sobek et un haut dignitaire égyptien, Nouvel Empire, Musée archéologique, Louxor
Les sorciers travaillant dans le domaine de la gestion de l'eau, de l'irrigation et de toute la magie liée à l'eau, prenaient eux l'apparence d'un crocodile, et furent assimilés au dieu Sobek, dieu de l'eau et de la fécondité... Je pourrais multiplier les exemples qui sont multiples et que l'on trouve aussi bien dans la statuaire, les reliefs sur les murs des temples ou les fresques des tombeaux. Il faut dire que la sorcellerie était omniprésente dans l'Égypte pharaonique, les hiéroglyphes étant considérés comme une écriture magique, les moldus lui donnant un pouvoir performatif : tout ce qui est écrit sur les murs ou représenté dans les fresques se réalisaient de façon effective, pour eux.

Horus devant l'entrée de la grande salle hypostyle, II° siècle A.C., Temple d'Horus, Edfou
Toutes ces représentations durèrent toute l'antiquité, ce qui montre l'influence des sorciers et une certaine stabilité dans les formes de magie qu'ils pratiquaient jusqu'à la conquête de l'Égypte par l'Empire Romain. Ainsi, on trouve à Edfou, dans le Temple d'Horus, datant de l'époque ptolémaïque (de -323 à -30), de nombreuses représentations de Horus, le dieu à tête de faucon, de Hathor, la déesse aux cornes de vaches ou de Sekhmet, la déesse lionne, portant la colère de Rê. De même à Denderah, dans le Temple d'Hathor, on trouve des reliefs datant de l'époque de Cléopâtre VII, montrant une persistance de la civilisation durant près de 3000 ans.

Scène d'offrandes à la déesse Sekhmet, II° siècle A.C., Temple d'Horus, Edfou
Avec la fin de la culture pharaonique, les connaissances en métamorphose animale des sorciers égyptiens semblent avoir disparues et, même si certains temples restèrent en activité jusqu'à la fin du IV° siècle de notre ère, ils n'étaient plus que les vagues souvenirs d'un passé glorieux.

