La Taverne des contes éphémères
Par Hope le 1 mars 2026, - Vie Pédouzienne - Lien permanent

Assis sur un banc au beau milieu d'un parc comme on peut en trouver des centaines, je l'attends, impatient, à l'idée de partager un moment, des sourires et des regards en coin avec elle. Puis je l'aperçois de loin, cette silhouette qui me rappelle pour qui mon cœur accélère à sa simple vue.
Cependant, même si un pur bonheur m'envahit et que mon cœur bat maintenant à du cent à l'heure, je fais semblant de rien, et m'oblige à me replonger dans un roman de Jane Austen commencé peu de temps auparavant.
C'est un roman qui me captive sinon je ne l'aurais pas emporté avec moi mais, je ne parviens pas à me concentrer, je réalise que ma lecture est superficielle, entre deux mots survolés, je lève les yeux; la silhouette se rapproche, c'est la seule chose qui m'importe.
Je ferme alors mon livre d'un coup sec et je le range précipitamment dans le sac qui m'accompagne dans tous mes déplacements, puis, n'y tenant plus, je me lève et regarde avec tendresse celle qui fait battre mon cœur depuis si longtemps.
Et dans ce mouvement un peu maladroit où se mêlent élan et hésitation, je fais quelques pas vers elle, conscient que cet instant, entre attente et retrouvailles, restera gravé comme le début de quelque chose que ni les mots ni le temps ne sauraient vraiment contenir.
Est-ce par pure malchance ou bien parce que je suis ému, je ne le sais pas, toujours est-il que ne n'ai pas vu un trou pernicieux dans l'herbe, je trébuche et je m'étale de tout mon long.
Pestant silencieusement contre ce trou malencontreux, je me relève souplement d'un bond, et époussette promptement mes vêtements qui, par chance, n'ont subi aucun dégât.
La tête encore un peu embrumée par la surprise de ma chute, je croise son regard qui me dévisage. Un peu honteux, je rougis. Une étincelle d'inquiétude illumine ses yeux suivie d'un éclat de rire qui résonne comme une douce mélodie. Mon cœur s'emballe à nouveau. Mais cette fois, c'est la gêne qui le fait battre.
Elle s'approche alors et me tend la main avec ce sourire qui fait fuir immédiatement mon malaise, et dans ce simple geste je comprends que ma chute n'a fait que précipiter ce moment que finalement nous attendions tous les deux.
Nos regards se sont croisés, des étoiles ont jailli de nos yeux, nul besoin de mots pour exprimer ce que nous ressentons.
D'ailleurs aucun de nous deux n'ose prendre l'initiative de briser ce silence complice. Seul mon regard plongé dans le sien exprime ce que je voudrais lui dire.
Le temps semble être arrêté alors que le monde autour de nous s'efface doucement ; je comprends alors que ce qui naît entre nous n'a pas besoin d'être nommé pour exister.
J'ai cependant l'impression d'apercevoir une lueur trouble dans ce regard magique, je suis pris d'une présentiment désagréable, certain d'y lire un doute que je n'explique pas.
Je sais que je suis de nature inquiète voire pessimiste, pour une fois, je vais essayer de balayer ce sentiment qui assombrit la douceur du moment.
Je lui souris alors avec une assurance que je ne me connaissais pas et, en prenant doucement sa main dans la mienne, je lui propose d'aller marcher alentour.
Je sens la chaleur de sa main dans la mienne. Nos doigts hésitent avant de s’entrelacer timidement. Main dans la main, nous marchons à pas lents sur l’allée du parc bordée d’arbres. Le temps semble comme suspendu.
Je ne sais pas si on peut appeler "marcher" cette façon particulière dont je me déplace, j'ai l'impression que mes pieds ne touchent pas le sol.
J'ai la sensation de voler, et je souris, je lui souris, à elle et à la vie qui a organisé cette rencontre, je repense à mes pieds qui ont à peine l'air de toucher terre et je me dis que c'est normal, parce que l'amour donne des ailes, et j'éclate de rire.
Elle me regarde bizarrement, elle doit me prendre pour un fou , je lui presse doucement la main et la regarde avec tendresse. Il ne faudrait pas qu'elle s'imagine que je me moquais, mais je ne me vois pas expliquer que "l'amour donne des ailes", pas encore !
Participantes : Jemima Romney, Mirabelle Boutondore, Wilhelmina Bronner, Clairet et Nox De Leon.







Commentaires
C'est grâce à la gazette du mois dernier (il me semble) que j'ai découvert ces contes éphémères et qu'ils m'ont bien plu. Je pense que je continuerai, c'est amusant de faire un texte à plusieurs, un écrit cohérent, ça donne le droit d'être surpris, de devoir modifier ce qu'on avait en tête , de se retrouver en train d'écrire l'inverse de ce qu'on avait souhaité, et finalement, c'est très amusant !