La Gazette du Sorcier - Edition Poudlard12

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Jusqu'où l'horizon nous portera

Main dans la main, ils fuyaient depuis maintenant des heures. Dans le noir complet, leurs pieds nus raclant la pierre rugueuse, sans jamais s'arrêter une seule seconde.
Depuis des heures, rien d'autre n'existait que sa main serrée dans la sienne et les échos terribles à leur poursuite. Aucun des deux n'avait seulement pensé à lâcher l'autre. Ils étaient déjà trop, loin trop tard, trop avancés maintenant. S'ils avaient voulu que cela soit efficace, ils n'auraient pas gardé leurs doigts entrelacés pendant la fuite éperdue entre les murs étroits.
En fait, ils n'auraient même pas attrapé la main de l'autre un doux soir d'été. Aucun contact, aucun papillon dans le ventre, pas de chaleur incroyable logée contre leurs cœurs, qui réveillait en eux des choses perdues depuis longtemps. Bien sûr que non.
Ils ne se lâcheraient plus. Jamais.

Son souffle se serrait déjà dans sa poitrine à l'évocation de cet instant funeste, où il avait failli le perdre lui, et ne jamais retrouver la chaleur de ses doigts logés dans la paume de sa main à lui.
Le jour où les monstres avaient fait tomber les masques et décidé de se prendre au plus fanfaron des deux, à celui qui n'avait pas attendu d'être un adulte pour se dresser et assumer ses convictions avec plus de force que tous les autres n'auraient jamais pu le faire. Une force dont les monstres ne pouvaient que rêver. Les hideux au cœur noir s'en étaient pris à son chevalier si doux et attentionné, à la personnalité flamboyante, son héros qui l'avait relevé de tant de batailles perdues contre lui-même.

Abattez-le fort et les autres suivront disaient-ils, avant de les enfermer dans le dédale, leurs faces grimaçantes disparaissant à mesure que les lourdes portes se fermaient.
Ils avaient presque raison. Ils avaient juste omis la partie où l'histoire écrivait : abattez le héros et un révolutionnaire se dressera là où il est tombé.
Avec un profond soupir, c'est ce qu'il avait fait. Il avait recueilli la grande forme inerte et blessée dans le creux de ses bras, tentant de lui communiquer chaleur et réconfort. Dans le noir absolu, il avait porté son héros jusqu'à un renfoncement dans la roche, avant de l'allonger.
Le temps de verser une larme, de pousser un profond soupir, et son masque était soigneusement reconstitué. Il veillait.

Il ne savait pas combien de temps ils avaient passé dans l'obscurité lorsqu'il entendit le gémissement, étouffé tant bien que mal, et, à mesure qu'il avançait, un murmure. Un nom. Son nom.
Prononcé avec autant d'amour qu'avant.
Cela faillit briser sa carapace. Faillit. Presque. Pas encore. Il devait tenir. Pour son chevalier en armure étincelante. Pour lui jurer que tout irait bien. Pour s'occuper de lui et panser ses blessures sans s'effondrer à son tour.
Il passa sa main contre la joue du héros. Une pression lui répondit, avant qu'un désolé ne rebondisse trop lourdement hors des lèvres du combattant du soleil.
- C'est pas ta faute.
Trop tard. Le barrage avait cédé. Les larmes dévalèrent ses joues, avant d'ajouter :
- J'aurais du...
Le reste se perdit dans les sanglots, tandis qu'il se blottissait contre sa lumière. Cette dernière passa difficilement un bras autour de ses épaules, et serra du mieux qu'il put. Ils restèrent ainsi quelques minutes, quelques heures peut-être.

Un grincement brisa le silence, alors qu'un rayon de lumière était projeté sur la paroi en face d'eux.
- Tu pense qu'ils sont partis, où qu'ils sont morts ?
Le labyrinthe. C'est vrai. Tués par les murs de pierre, les choses qui se cachaient dans leurs recoins ou par les monstres venus faire une partie de chasse.
Il ne perdit pas de temps. Ils n'avaient plus que quelques secondes après tout. Tirant tant bien que mal son héros sur ses pieds, il le tracta, supportant une grande partie de son poids, avant de s'élancer, priant toutes les étoiles qui ne les avaient pas abandonnés de les aider à survivre. La cavalcade commença.

Miraculeusement, son chevalier en armure étincelante fut bientôt capable de supporter son poids, et ils s'élancèrent de plus belle.

Ils coururent ainsi, à l'aveuglette, pendant des heures, les souffles rauques des monstres chasseurs à leur poursuite et les couloirs étroits comme seules échappatoires. Pendant que leurs pas avalaient l'obscurité, il commença à entrevoir de petites touches de couleurs, un peu de violet par là, quelques touches de bleu un peu plus loin.
Au fur et à mesure que les taches de couleur se faisaient plus nombreuses, l'air se fit plus respirable, mais plus important encore, les respirations bruyantes s'estompaient, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent dans le silence total.
Presque malgré lui, ses pas ralentirent et il s'arrêta, haletant. Il ne fallu pas longtemps pour que son héros de lumière s'affale contre son flanc, tremblant sous l'effort et la douleur.
Le chevalier de l'ombre passa ses épaules sous le bras tremblant du héros lumineux, et, doucement, repris sa marche.
L'air se chargea soudain de sel et de chaleur, apportant des notes florales et fraîches incongrues dans un tel espace.
Soudain, ils le virent.
Au détour d'une ultime paroi de pierre, perché sur une corniche blanche, se trouvait l'horizon bleuté.
Ils s'assirent, les pieds dans le vide, la tête appuyée contre celle de l'autre, un bras pressé contre le flanc et autour de la taille de l'autre héros.
Au loin, en bas de la falaise, une petite embarcation les attendait, blottie contre la fin d'un arachnéen escalier de pierre.

Le monde était enfin à eux.

- Et si on allait au bout de ça ?
- On ira jusqu'où l'horizon nous portera.

Eux, jeunes, heureux et amoureux.

 

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Commentaires

1. Le 13 juin 2025, par Nox De Leon

Magique ! Tu parles d'un coin détente ? Je ne sais pas si je me suis vraiment détendue à vrai dire, mais j'ai trouvé cette histoire palpitante pleine de poésie et de talent. C'et lumineux ! Du moment où j'ai posé les yeux sur la première ligne, il a fallu que j'aille jusqu'au bout sans m'arrêter, j'aurais presque envie de dire sans respirer, parce que c'est un autre point : c'est non seulement beau mais c'est passionnant. Alors quand un même texte marie une splendide bannière, avec un texte à la fois splendide et prenant, je n'ai qu'une chose à dire : Merci !

2. Le 14 juin 2025, par Karteure

C'est vraiment un texte mignon que j'aurais bien vu exhibé à la bibliothèque de P12 ! Tu as un joli style fluide et c'est chouette de te lire. Merci pour cet article et j'espère en voir d'autre du même style dans les prochaines éditions !

3. Le 19 juin 2025, par Luan McTire

Mon ressenti à la lecture de ce récit est différent de celui de mes VDD... Le vocabulaire est très riche et je sens que ce texte doit avant tout transmettre les émotions qu'il décrit. Malheureusement je suis incapable d'apprécier cet aspect du récit si je ne comprends pas de quoi il parle et je dois avouer que j'ai eu énormément de mal à comprendre ce qu'il racontait. Les personnages, ce qui les lie, les évènements qui s'enchaînent... je n'ai pas réussi à cerner tout ça. Je pense que le texte contenait trop de fioritures et le récit n'était pas assez clair. Mais c'est peut-être à cause de mon manque d'attention.

Je me souviens avoir lu Quand la pluie s'arrête, édition d'avril (apparemment j'ai oublié de le commenter) et je l'avais adoré ! Pour le coup j'avais vraiment comprit le sentiment transmit par ce beau texte, un sentiment familier.

4. Le 22 juin 2025, par Matoutou

Je pense que je comprends un peu Luan, j'ai eu aussi un peu de mal à rester absorbée dans ma lecture du texte et à comprendre toutes les métaphores qu'il contenait. Il reste cependant poétique, bien écrit et fluide. J'apprécie la façon dont l'homosexualité est mise en avant, ingénieusement, et comment ses combats sont présentés. Même si je n'ai pas tout saisi, c'était une lecture agréable. Et je trouve la bannière très réussie aussi !

5. Le 25 juin 2025, par Lylaee McNeil

Je comprends le point soulevé par Luan et supporté par Matoutou mais personnellement, j'adore cet aspect du récit ! J'aime bien sortir d'une histoire courte l'esprit plein de questions, de doutes. Je trouve intéressant que tout ne nous soit pas donné à la petite cuillère et que parfois, on soit bloqué. Ce style ne me plaît pas vraiment pour un roman mais pour un conte ? C'est totalement mon style !

J'adore aussi la plume de Hermione, chacun de ses contes est rédigé avec délicatesse et fluidité, c'est très beau à lire.

L'illustration m'a vraiment plue avec le labyrinthe en fond et les différentes teintes de couleurs ! (Je suis un peu triste de réaliser qu'elle fera sans doute partie des dernières d'Erwan... :( )

6. Le 25 juin 2025, par Proventus

Ne t’avise plus jamais de ranger ce genre de texte dans une rubrique "coin détente". J’ai eu le souffle court, la gorge serrée et une furieuse envie d’aller faire sauter quelques hérissons avec un pétard. Ce que tu proposes là, c’est un conte de fuite et d’amour, de ténacité et de lumière dans les ténèbres, une métaphore à peine voilée, mais assumée, et magnifiquement portée par une plume pleine de relief. Certes, le style est dense, parfois trop, mais il y a dans cette densité une sincérité brute qui force le respect. Tu ne donnes pas tout, tu laisses deviner. Tu n’expliques pas, tu fais ressentir. La dernière phrase, est simple, direct, et infiniment plus puissante que n’importe quelle envolée lyrique.

Continue à écrire !

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