[Reportages] Beauxbâtons, belle désillusion
Par Alexeievna le 1 avr. 2015, - Edition n°114 - Lien permanent

Aujourd’hui, suite à la réapparition du beau temps, j’ai voulu m’accorder quelques minutes de redoux. Je n’avais pas encore compris que le redoux en Grande-Bretagne, c’était de passer de la neige à de la bouillasse sous une épaisse couche de brume. Mais je n’allais pas me laisser faire aussi simplement : j’avais reçu quelques mois auparavant une invitation pour l’école de magie française, il était donc temps que j’y mette les pieds. Le climat du sud de la France était réputé clément, après tout, non ?
Me voilà donc partie pour cette fabuleuse école. En deux temps, trois mouvements et grâce à mes liens avec le ministère, je me retrouvais avec un magnifique portoloin pour cette école, qui a eu la bonne idée d’être incartable. À vrai, dire, aujourd’hui, je comprends pourquoi personne ne veut la retrouver. Mais ça, c’était avant.
Mon arrivée fut néanmoins rocambolesque, puisqu’il s’agit d’une immense chute dans la fontaine Flammel et ce, sous les regards noirs de toutes les personnes présentes. Comment osais-je me baigner dans une fontaine où les gens buvaient pour soigner leur maux ? J’osais, voyons, j’osais, aussi simplement que ça. Mais ma réponse n’a pas semblé leur plaire. De fait, ce que je pris un instant pour deux jeunes filles un peu trop musclées et un peu trop poilues m’ont menée dans le bureau de la directrice.
Et c’est à cet instant, faisant face à une demi-géante à l’allure d’un gros bébé ridé aux joues un peu trop fardée, que je compris dans quel merdier j’étais tombée. Tout d’abord, il est à mentionner qu’elle me reconnut aussitôt et en profita pour me claquer deux bises, chacune à deux centimètres de mes joues. Je veux bien admettre que j’étais encore trempée, mais cette attitude me laissa tout de même pantoise.
« Du thé à la rose ? » fut ensuite sa première question, qui confirma mon impression d’être tombée dans un gros choux à la crème pastel, recouvert de paillette et enduis de niaiserie. Moi qui avais voulu prendre un peu de bon temps au soleil, je finissais par me retrouver dans une maison de poupée géante pour petite blonde de cinq ans (âge minimum recommandé). Voici le décor.
L’école, qui semble à première vue être un palais raffiné construit en tuffeau, se trouve être un amas de tourelles, balcons, murs en chamallow avec vitraux aux fenêtres, le tout recouvert d’une couche de sucre qui lui donne un aspect brillant (« vous comprenez, si un élève fonce par erreur dans le mur, il ne se fera pas mal comme ça ». Oui, oui. Ils ont la chance d’avoir une fontaine pour se soigner, mais pourquoi l’utiliser quand on peut avoir des murs en bonbons, hein ?). La cours n’est faite que de jardins et de petits coins ombragés envahis de fleurs au doux parfum. Doux parfum qui vous monte à la tête en trois minutes, chrono en main, et qui ne passe pas avec la douce eau de la fontaine. (Oui, j’ai tenté de boire une eau dans laquelle, moi, toute pleine de boue, je venais de tomber.) Et je ne vous parle pas des postillons des centaines d’élèves faisant des allergies au pollen. Magique, c’est le mot.
En parlant d’élèves, j’ai eu la chance de recroiser mes deux jeunes filles poilues. Qui n’étaient en fait pas des jeunes filles. Seulement, le règlement de l’école implique que l’uniforme soit une robe en soie fine et une cape bleu clair. Mais pas une robe de sorcier, comme nous. Non, non, une vraie robe, très féminine, et d’une teinte des plus viriles qui soit (pour un nouveau-né). D’après la directrice, il s’agit de remettre un peu de féminisation dans ce pays de brute où la langue veut clairement que le masculin l’emporte sur le féminin. Ici, c’est l’inverse.
Tout semble fait pour croire à un conte de fée version niaise et adulte. Tout est clair, beau, voilé et innocent. Il y a des cours de savoir-vivre dans lesquels les gens apprennent à distinguer les couleurs « vieux rose » et « lilas » sur des sortilèges inconnus et des cours d’architecture magique, qui ressemblent bien davantage à de la pâtisserie. Et niveau sport, on ne peut pas dire que ce soit du haut niveau, puisqu’il s’agit majoritairement de coiffer et brosser au mieux les palominos de la directrice, avant de faire une légère démonstration de vol pour la note finale sur l’esthétique.
Ma journée au soleil a été donc en partie bousillée par cette visite mielleuse et pleine de faux bons sentiments et par cette découverte funeste, qui a fini par me faire littéralement vomir (et ce n’était pas des paillettes) (mais je suspecte le thé à la rose de ne pas y être pour rien).
Je suis rentrée bien contente dans ma Grande-Bretagne au temps moyen et j’ai passé la nuit entourée d’une belle bibliothèque en véritables pierres et en bois, pleine de livres fabuleux, auprès d’un feu qui n’avait rien de rose, en écoutant la pluie crépiter contre des carreaux tout simples. Le bonheur, quoi. Cependant, mon devoir de rédactrice étant de vous tenir au courant de la variété magique de notre monde, il me fallait partager cette expérience, et vous souhaiter de ne pas vous laisser emberlificoter comme j’ai pu l’être, par une image d’école magique « modèle ».






Commentaires
J'aime bien cet article que je trouve bien écrit et amusant à lire.
Des murs en guimauve pour ne pas qu'on se fasse mal si on fonce dedans ? Ils ont vraiment pensé à tout. Ils sont fous ces Français !