La Gazette du Sorcier - Edition Poudlard12

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1 juil. 2025

Les Carnets de Terry : Akhenaton, disque solaire et sorcellerie

 

Le milieu du XIXe siècle fut pour les historiens de la magie, comme pour les archéologues moldus, le moment de la redécouverte d’une figure importante mais oubliée du Nouvel Empire égyptien : le Pharaon Akhénaton. Son règne d’environ dix-sept années avait été effacé des annales peu de temps après sa mort, son nom avait été martelé dans toutes les inscriptions officielles, sa ville avait été rasée, son existence était tombée dans l’oubli pendant plus de 3000 ans ! Ce pharaon fut à l’origine du plus grand bouleversement de l’Égypte antique, et c’est cette révolution qui conduisit à son effacement. 

Tête d'Amenhotep IV, v. -1350, Musée Archéologique de Louxor

Amenhotep IV (“Amon est satisfait”) naquit vers –1370. Il est le fils du grand pharaon Amenhotep III qui représente le summum de l’âge classique du Nouvel Empire et de la reine TIyi, issue de la noblesse sacerdotale et administrative, ce qui n’était pas habituel à l’époque, les reines provenant de la propre famille du pharaon ou de famille régnante étrangère. Comme nous l’avions vu dans l’article sur Imhotep, si les familles de pharaons sont des familles moldues, elles s’entouraient de hauts dignitaires dont une partie étaient de puissants sorciers. Ce fut probablement le cas des reines Tiyi et Nefertiti, toutes deux issues des mêmes milieux. Akhenaton aurait donc été le premier pharaon sorcier de l’histoire.

Décor sculpté représentant un couple, v. -1355, Tombe de Ramose, vizir et gouverneur de Thèbes,
Vallée des Nobles, Thèbes Ouest

Dès la fin du règne d’Amenhotep III (également appelé Amenophis III), Tiyi, la principale épouse royale, joua un rôle de plus en plus important, apparaissant régulièrement dans l’iconographie officielle à l’égal de son époux. Cette tendance se poursuivi à la génération suivante avec Nefertiti (“la belle est venue”), principale épouse d’Amenhotep IV, et représentée auprès de lui avec des attributs royaux (comme lorsqu’elle est représentée tenant une massue et frappant un ennemi, image caractéristique de Pharaon depuis la tablette de Narmer, aux environs de –3150). 

Akhenaton, Nefertiti et leurs filles, sous les rayons d'Aton, relief peint (et en partie martelé), v. -1340,
Tombe de Meryre, grand-prêtre d'Aton, Tell el-Amarna

Certes, des femmes ont parfois occupé des fonctions importantes et même celle de pharaon, comme Hatchepsout (-1508/-1457), fille du pharaon Thoutmôsis Ier et épouse de Thoutmosis II ; mais, à chaque fois, c’étaient des femmes filles de pharaon et non des épouses royales, venues de familles extérieures. Avec Tiyi, et encore plus Nefertiti, la reine joue un rôle officiel qu’elle n’avait jamais occupée auparavant : recevant des ambassadeurs, échangeant des lettres diplomatiques, et jouant un rôle colossal dans la réforme religieuse mise en place à partir de –1350/-1349. 

Une des 16 stèles de la ville d'Akhetaton, v. 1350, Tell el-Amarna

C’est en effet, en l’an 4 du règne du jeune Amenhotep IV, que celui-ci prit le nom officiel de Akhenaton (“Celui qui est utile à Aton”), marquant ainsi sa rupture définitive avec le culte d’Amon (le dieu de la cité de Thèbes, capitale du Royaume), et qu’il lança la construction d’une nouvelle capitale, Akhetaton (“l’horizon d’Aton”), située entre Thèbes (cœur de la Haute-Égypte) et Memphis (capitale historique de la Basse-Égypte). Cette ville, détruite seulement après une vingtaine d’années d’existence, est aujourd’hui connue sous le nom de Tell el-Amarna, redécouverte par un Français au début du XVIIIe siècle, qui trouva une des seize stèles qui bornaient le territoire de la cité.

Vestiges du Palais Nord, v. -1350, Tell el-Amarna

Cette ville nouvelle fut fondée pour soustraire le pharaon et son administration de l’influence du haut-clergé d’Amon, le dieu solaire anthropomorphe des moldus égyptiens. Bien qu’Akhenaton tentât de supprimer les autres cultes, pour instaurer le disque solaire, Aton, comme dieu unique, ce système ne s’imposa jamais sur le territoire égyptien ; même si de nombreux temples furent abandonnés dans le pays, et le clergé perdit ses privilèges, seule Akhetaton appliqua les nouvelles règles religieuses.

Mur de talatates, représentant les activités dans la ville d'akhenaton, v. - 1345, provenant de Tell el-Amarna

Pour les historiens de la Magie, ce changement manifesta la volonté de toute puissance du pharaon sorcier et de ses proches, cherchant à persécuter les vieilles familles de sorciers qui gravitaient autour des pharaons de la XVIIIe dynastie. Le dieu Aton est représenté comme un disque solaire dont les rayons se terminent par des mains qui descendent sur le pharaon Akhenaton, son épouse Nefertiti, et leurs filles, plaçant ainsi pour les moldus les membres de la famille royale comme uniques intermédiaires entre le dieu et le peuple, alors qu’auparavant les prêtres d’Amon jouaient un rôle essentiel. 

Vestiges du petit Temple d'Aton, au coeur de la ville d'Akhetaton, v. -1350, Tell el-Amarna

La ville d’Akhetaton fut ainsi construite pour célébrer le disque solaire, avec deux grands temples à ciel ouvert où le souverain se rendait quotidiennement, et pour manifester la gloire et la puissance du pharaon, alors que l’Empire égyptien connaissait un début de déclin après une période faste, aussi bien sur le plan international avec la perte d’influence au Levant et en Nubie, mais aussi sur le plan économique, déclin probablement accentué par la destruction des structures traditionnelles, les hauts dignitaires sorciers qui dirigeaient l’administration royale, et par l’enfermement de plus en plus manifeste d’Akhenaton dans sa ville.

Mur de talatates, représentant le dieu Aton et ses fidèles, v. - 1345, provenant de Tell el-Amarna

Paradoxalement cette période d’affaiblissement du pays fut une période de renaissance artistique avec l’apparition d’un “style amarnien” caractéristique dans la représentation des corps qui s’arrondissent : les hanches se développent, les courbes des ventres s’accentuent, les mentons deviennent proéminents. Les historiens de la Magie évoquent la possibilité des conséquences physiques de l’utilisation de la magie noire par Pharaon et sa famille, comme ce fut le cas avec la transformation physique de Tom Jedusor. 

Buste d'Amenhotep IV / Akhenaton avec les attributs royaux, v. -1350, Musée Archéologique de Louxor

Pour les moldus, Akhenaton incarne une forme de romantisme révolutionnaire, le pharaon ayant décidé de s’extraire du carcan des institutions traditionnelles pour une nouvelle vision du monde, reposant sur une relation plus directe entre lui et son peuple, essayant de briser la puissance économique du haut-clergé d’Amon, qui abusait régulièrement de ses privilèges, et mettant en avant une figure protectrice et bienveillante par l’exposition de sa vie familiale.

La ville d'Akhetaton, relief peint (et en partie martelé), v. -1340,
Tombe de Meryre, grand-prêtre d'Aton, Tell el-Amarna

Pour les historiens de la Magie, le regard est plus sombre et la figure d’Akhenaton laisse planer encore de nombreux mystères. Est-il un souverain qui a voulu lutter contre la puissance excessive de certaines familles de sorciers thébains, qui, de fait, devenaient plus puissantes que celle de pharaon ? Ou bien a-t-il sombré dans une soif de pouvoir inextinguible, l’ayant poussé toujours plus loin dans l’exploitation de ses sujets, et dans l’utilisation de la magie noire à ses profits, allant jusqu’à déformer son apparence physique ? Si ces questions ne sont pas encore tranchées, l’étude des sépultures du village des artisans de Tell el-Amarna montre que ces derniers étaient beaucoup moins bien traités et mouraient plus jeunes que les artisans qui vécurent à Deir el-Medineh, sur la rive occidentale de Thèbes, près de la Vallée des Rois.

Mur de talatates, représentant des artisans, v. - 1340, provenant de Tell el-Amarna

À la mort d’Akhenaton vers –1338/–1337, dans la dix-septième année de son règne, ce fut un certain Smenkhkarê qui lui succéda, pour seulement quelques années, un de ses conseillers pour les uns, un nom d’emprunt de Nefertiti pour les autres, ou l’époux de sa fille aînée Merytaton, qui aurait gouverné en réalité. Ce règne maintint la capitale à Akhetaton même si la ville commença à décliner, des troubles politiques fomentées par les familles thébaines sapant le pouvoir royal. En –1335 environ, monta sur le trône un fils, probablement cracmol, d’Akhenaton et d’une de ses épouses secondaires qui modifia son nom de Toutankhaton en Toutankhamon (“l’image vivante d’Amon”). Le jeune âge du nouveau souverain, ainsi que son statut de cracmol, firent que le pouvoir fut véritablement exercé par des conseillers issus des familles de hauts dignitaires traditionnelles, dont certaines familles de sorciers thébains. Le règne de Toutankhamon marqua la fin de l’expérience amarnienne, l’art reprit une forme plus classique, la capitale revint à Thèbes, le culte d’Amon fut pleinement restauré, Akhetaton fut abandonnée et détruite, et le pouvoir passa. Il marqua aussi la fin de la lignée d’Akhenaton, la dix-huitième dynastie s’achevant avec deux pharaons d’origine probablement militaire. 

Tête d'Akhenaton, v. -1345, Musée Archéologique de Louxor

Alors que l’Égypte fut gouvernée par une même famille entre –1550 et –1327, le règne d’Akhenaton marqua la fin de l’apogée de la dix-huitième dynastie, la société égyptienne n’étant visiblement pas prête à supporter les changements que le Pharaon et son entourage proche souhaitaient mettre en œuvre. À partir de lui, le royaume connut une baisse d’influence et de richesse, qui ne cessa qu’avec les grands pharaons de la XIXe dynastie : Séthi Ier (-1292/-1279) et Ramsès II (-1279/-1217).

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Les énigmes du Sphinx - Les femmes à l'honneur

Il y a peu de temps, Nausicaa organisait, dans le Monde Moldu, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, une animation afin que les Pédouzien.ne/.s puissent rendre hommage à des femmes inspirantes pour eux/elles. (Je cite Nausicaa)

Ces témoignages, rassemblés dans un recueil intitulé "Chaque femme est une reine", m'ont donné l'idée de proposer ces énigmes du sphinx sur le thème des femmes en rapport avec l'Égypte.
 

Saurez-vous retrouver les noms de ces cinq femmes ?

1. Épouse d'Osiris et mère d'Horus,
Je suis probablement le déesse égyptienne la plus connue.
Considérée comme la protectrice de l'enfance,
Mon temple est érigé sur l'île de Philæ.
Qui suis-je ?

2. Reine d'Égypte née à Thèbes au XIVème siècle avant notre ère,
Et renommée, entre autre, pour ma beauté,
Je suis l'épouse du pharaon Akhénaton.
Qui suis-je ?

3. Représentée souvent comme un homme
Avec une barbe, un pagne et le némès,
Je suis cependant l'une des premières femmes pharaons de l'Égypte antique.
J'ai régné pendant vingt ans
Et mon temple mortuaire est l'un des plus beaux chefs-d'œuvre architecturaux du monde.
Qui suis-je ?

4. Épouse du pharaon Amenhotep III,
Je suis moins connue que d'autres reines d'Égypte.
Cependant, j'ai exercé une influence de premier plan
Par mon intelligence et mon sens des relations internationales.
Qui suis-je ?

5. Née à Paris en 1913, je suis une archéologue et égyptologue de renommée mondiale.
Auteure de nombreux livres, je suis également connue pour avoir organisé le sauvetage des temples de Nubie sous l'égide de l'Unesco.
Qui suis-je ?

Vous avez jusqu'au 20 juillet 2025 pour envoyer vos réponses à Cookies !

 

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Les Carnets de Terry : le Nebaped

https://i.imgur.com/MDBlXZC.png

Ce mois-ci, je vous propose de découvrir un autre élément de la faune magique d'Égypte : le Nebaped, ou "oiseau doré", un oiseau typique des bords du Nil, et que l'on peut admirer très souvent à proximité des plants de papyrus magicus. C'est donc un oiseau endémique de la Basse et de la Moyenne Égypte.

Cet oiseau peut passer assez inaperçu au milieu des autres oiseaux qui peuplent les bords du fleuve, et les marécages du delta, que ce soit les espèces vivants en permanence sur le territoire ou celles qui ne font que le traverser lors de grandes migrations. Le Nebaped ressemble à une grosse mésange, pouvant atteindre une vingtaine de centimètres de long et environ trente-cinq centimètres d'envergure, pour un poids de quarante à cinquante grammes. Il se caractérise par son plumage aux couleurs d'or et d'argent.

Cet oiseau sédentaire se nourrit d'insectes, de petits scorpions et reptiles, mais aussi de graines et de fruits. Il aime particulièrement les fruits du papyrus magicus, dont il semble tirer ses pouvoirs magiques. En effet, des Nebapeds, vivant dans des zones dans lesquelles cette plante a disparu, paraissent ne posséder aucune faculté particulière. Des études récentes de magizoologistes tendent à montrer que les bébés Nebapeds naissent tous avec des pouvoirs magiques mais que s'ils n'ont pas accès aux fruits du papyrus magicus, ces sortes de gouttes de nectar doré, alors leur magie s'épuise très vite et est bien moins puissante. De plus, leur plumage est alors plus terne.

Les Nebapeds ont une espérance de vie de deux à trois années, nichant dans les cavités de grands arbres ou dans des anfractuosités de la roche. Ils réalisent leurs nids avec des brindilles, des feuilles, et lorsqu'ils le peuvent de feuilles et de fruits de papyrus magicus. Ils ont deux à trois nichées de petits par an, constituées de deux à six œufs, mais rarement plus de un ou deux oisillons survivent dans chaque couvée, les prédateurs étant nombreux : des rapaces diurnes ou nocturnes, des félins, des serpents, mais aussi quelques gros oiseaux comme des pics.

Ils sont très connus depuis l'antiquité pour leur capacité à soulever des poids bien plus lourds qu'eux. C'est ainsi que les anciens égyptiens utilisaient probablement plusieurs individus pour soulever les blocs de pierre ayant servi dans la construction des pyramides et des grands édifices. Bien évidemment, les efforts importants et répétés amputaient fortement l'espérance de vie des oiseaux et il est à présent interdit de les utiliser pour de tels travaux même s'ils continuent à transporter ponctuellement de lourdes charges dans les campagnes.

Face à des prédateurs, si les jeunes oisillons sont souvent impuissants, ne maîtrisant pas encore correctement leur magie, les adultes ont la capacité de disparaitre dans un nuage de sable doré qui semble emporter par un tourbillon de vent. Les oiseaux réapparaissent plusieurs minutes plus tard, parfois à plusieurs kilomètres, en se rematérialisant au centre du tourbillon. Certains mages mal intentionnés ont réussi à bloquer le processus, grâce à un sortilège proche de celui de stupéfixion, sacrifiant ainsi les Nebapeds pour ne conserver que les petits tourbillons de sables dorés dont ils se servirent pour faire voler des tapis ou d'autres éléments (la grande quantité de sable tourbillonnant nécessaire impliquant parfois le sacrifice de centaines de spécimens).

Aujourd'hui le Nebaped est une espèce en danger, le nombre d'individus ayant fortement baissé depuis l'antiquité à cause de la destruction de leur habitat, les marécages et les terres sauvages ayant laissé la place aux terres agricoles ; à cause de l'utilisation des tourbillons de sable doré dans l'enchantement de certains objets ; et à cause de la raréfaction du papyrus magicus. Heureusement, depuis la fin des années 1970, une réserve a été créée dans l'est du delta, près de la ville perdue de Tanis, réserve veillant à faire perdurer différentes espèces d'animaux magiques, dont le Nebaped, vivant traditionnellement en Basse-Égypte.

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Les aventures de Cookies en Égypte

 

Le château était en effervescence ! Un voyage en Égypte était organisé pendant ces vacances d'été et Cookies désirait absolument y participer.
Ce qui l'intéressait par-dessus tout, c'étaient les pyramides, d'autant plus qu'il avait trouvé une ancienne photo d'une grande famille de sorciers, les Weasley, qui posaient devant celles-ci.

Cependant, Cookies, dans un geste brusque, car trop excité par sa découverte, déchira la photo !

           Saurez-vous aider Cookies à reconstituer la photo ?

  Puzzle

Mais, à peine Cookies s'était-il remis de sa mésaventure que, par on ne sait quel sortilège, il se retrouva tout en haut d'une pyramide !

    Saurez-vous aider Cookies à trouver son chemin jusqu'à la sortie ?

https://www.zupimages.net/up/25/26/nrsr.png

 

Une fois arrivé au bas de la pyramide, Cookies aperçut un phénix, cette magnifique créature originaire d'Égypte.

Et là, une fois encore, la malchance poursuivit Cookies, car, à peine eut-il le temps d'apercevoir cet oiseau légendaire, que, déjà, celui-ci s'envolait !



     Dessinez un phénix, pour Cookies, en utilisant Sketchtoy

 

Toutes les participations à ces jeux seront récompensées.

Vous avez jusqu'au 20 juillet 2025 pour envoyer vos réponses à Cookies !
 

                                Bon amusement !

 

 

                                                                                               

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L'été indien

 

Il s'avança, les pieds s'enfonçant dans le sable fin. On était à présent le troisième soir. Le troisième soir d'un été qui s'annonçait inoubliable.
Assit à la même place que la veille et l'avant-veille, exactement. À quelques centimètres à peine des vagues montantes, sous le soleil couchant. Juste assez pour ne pas être touché, mais suffisamment pour voir la moindre perturbation de l'eau. Pour la voir, elle.
Alors que l'orbe solaire caressait enfin l'horizon, le petit frémissement qu'il attendait et connaissait depuis deux jours se reproduisit. Une petite ridule d'eau inadéquate, un léger bouillonnement, et elle émergea.
Elle sortit de l'eau, lentement, comme une reine, et se dirigea vers lui.
Sans prononcer un mot, elle s'assit à ses côtés, et posa la tête sur son épaule. Elle garda ses pieds éloignés des vagues, comme il le faisait.
Après quelques instants, il lui tendit son bras, tout en se levant.

- Dansons.

Elle le suivit, éthérée dans sa robe de voiles blancs, et fut entraînée dans une valse grandiose.
Seuls sur la plage, sous les feux du soleil couchant, ils dansaient, heureux.
Alors qu'ils tourbillonnaient, serrés l'un contre l'autre, le dernier rayon du soleil, le rayon vert, se coucha et ricocha sur les flots.
Aussitôt, elle s'écarta de lui, et se précipita vers les vagues, tandis que l'homme l'observait.
En quelques secondes, juste ce qu'il fallait pour que la dernière lumière du soleil disparaisse, il ne restait plus aucune trace d'elle, seulement un parfum un peu plus doux que l'écume salée, et l'homme, seul, qui observait le large.
Avec un soupir, il s'en alla, se promettant de revenir le lendemain.
 

*****


La dame, âgée, observait. Elle connaissait la danse effrénée et le besoin de contact, les étreintes désespérées et la douleur de la séparation. La plage, de loin, comme tous les ans à cette période. Elle savait. Elle connaissait la sortie de l'eau lorsque le soleil se posait contre la mer, et la course rapide marquée par le rayon vert, le dernier salut du soleil à la plage.
La parenthèse de cinq jours, magique. Une infinité d'instants. La séparation, ensuite. Brutale, inutile. Une libération pour l'une, l'oubli et un étrange sentiment d'inachevé pour l'autre. Il n'y avait qu'une seule solution.
Alors, chaque année, elle les observait, les couples qui se formaient et se déformaient sur cette plage, libérant une captive de l'eau, année après année.
Libérant les sorcières prises au piège de l'océan au prix trop fort de l'amour rompu. Elles accédaient à la terre, mais sans celui qui avait ravi leurs cœurs.
Alors elle observait, le témoin permanent de l'union, celle qui se souvenait pour eux deux. Elle avait vécu son temps, elle avait celui de prendre soin d'eux.
Le cinquième soir arriverait, et lorsque le rayon vert les baignerait, brisant deux sortilèges, un sort et un lien, elle serait là.
Pour voir l'incompréhension dans les yeux du danseur.
L'exultation et le déchirement dans les yeux de la danseuse.
La fuite du compagnon vers la dune.
Les larmes de la danseuse sur la plage.
 

*****


Cinquième soir.
L'un dans les bras de l'autre, ils tourbillonnaient. Elle sentit le rayon se coucher dans les flots, et l'attraction des vagues disparaître. Tout comme l'étreinte de son partenaire.
Elle le redoutait, cet instant. Celui où il romprait le contact, où il initierait la séparation.
Elle le sentait encore juste en face d'elle, comme figé. Elle ouvrit les yeux, timidement. Il les écarquilla.
Sourit.
Il se souvenait.
Sur la dune, elle les vit s'embrasser pour la première fois, tout en sachant que pour une histoire, ça ne serait pas la dernière.

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