
Le milieu du XIXe siècle fut pour les historiens de la magie, comme pour les archéologues moldus, le moment de la redécouverte d’une figure importante mais oubliée du Nouvel Empire égyptien : le Pharaon Akhénaton. Son règne d’environ dix-sept années avait été effacé des annales peu de temps après sa mort, son nom avait été martelé dans toutes les inscriptions officielles, sa ville avait été rasée, son existence était tombée dans l’oubli pendant plus de 3000 ans ! Ce pharaon fut à l’origine du plus grand bouleversement de l’Égypte antique, et c’est cette révolution qui conduisit à son effacement.

Tête d'Amenhotep IV, v. -1350, Musée Archéologique de Louxor
Amenhotep IV (“Amon est satisfait”) naquit vers –1370. Il est le fils du grand pharaon Amenhotep III qui représente le summum de l’âge classique du Nouvel Empire et de la reine TIyi, issue de la noblesse sacerdotale et administrative, ce qui n’était pas habituel à l’époque, les reines provenant de la propre famille du pharaon ou de famille régnante étrangère. Comme nous l’avions vu dans l’article sur Imhotep, si les familles de pharaons sont des familles moldues, elles s’entouraient de hauts dignitaires dont une partie étaient de puissants sorciers. Ce fut probablement le cas des reines Tiyi et Nefertiti, toutes deux issues des mêmes milieux. Akhenaton aurait donc été le premier pharaon sorcier de l’histoire.

Décor sculpté représentant un couple, v. -1355, Tombe de Ramose, vizir et gouverneur de Thèbes,
Vallée des Nobles, Thèbes Ouest
Dès la fin du règne d’Amenhotep III (également appelé Amenophis III), Tiyi, la principale épouse royale, joua un rôle de plus en plus important, apparaissant régulièrement dans l’iconographie officielle à l’égal de son époux. Cette tendance se poursuivi à la génération suivante avec Nefertiti (“la belle est venue”), principale épouse d’Amenhotep IV, et représentée auprès de lui avec des attributs royaux (comme lorsqu’elle est représentée tenant une massue et frappant un ennemi, image caractéristique de Pharaon depuis la tablette de Narmer, aux environs de –3150).

Akhenaton, Nefertiti et leurs filles, sous les rayons d'Aton, relief peint (et en partie martelé), v. -1340,
Tombe de Meryre, grand-prêtre d'Aton, Tell el-Amarna
Certes, des femmes ont parfois occupé des fonctions importantes et même celle de pharaon, comme Hatchepsout (-1508/-1457), fille du pharaon Thoutmôsis Ier et épouse de Thoutmosis II ; mais, à chaque fois, c’étaient des femmes filles de pharaon et non des épouses royales, venues de familles extérieures. Avec Tiyi, et encore plus Nefertiti, la reine joue un rôle officiel qu’elle n’avait jamais occupée auparavant : recevant des ambassadeurs, échangeant des lettres diplomatiques, et jouant un rôle colossal dans la réforme religieuse mise en place à partir de –1350/-1349.

Une des 16 stèles de la ville d'Akhetaton, v. 1350, Tell el-Amarna
C’est en effet, en l’an 4 du règne du jeune Amenhotep IV, que celui-ci prit le nom officiel de Akhenaton (“Celui qui est utile à Aton”), marquant ainsi sa rupture définitive avec le culte d’Amon (le dieu de la cité de Thèbes, capitale du Royaume), et qu’il lança la construction d’une nouvelle capitale, Akhetaton (“l’horizon d’Aton”), située entre Thèbes (cœur de la Haute-Égypte) et Memphis (capitale historique de la Basse-Égypte). Cette ville, détruite seulement après une vingtaine d’années d’existence, est aujourd’hui connue sous le nom de Tell el-Amarna, redécouverte par un Français au début du XVIIIe siècle, qui trouva une des seize stèles qui bornaient le territoire de la cité.

Vestiges du Palais Nord, v. -1350, Tell el-Amarna
Cette ville nouvelle fut fondée pour soustraire le pharaon et son administration de l’influence du haut-clergé d’Amon, le dieu solaire anthropomorphe des moldus égyptiens. Bien qu’Akhenaton tentât de supprimer les autres cultes, pour instaurer le disque solaire, Aton, comme dieu unique, ce système ne s’imposa jamais sur le territoire égyptien ; même si de nombreux temples furent abandonnés dans le pays, et le clergé perdit ses privilèges, seule Akhetaton appliqua les nouvelles règles religieuses.

Mur de talatates, représentant les activités dans la ville d'akhenaton, v. - 1345, provenant de Tell el-Amarna
Pour les historiens de la Magie, ce changement manifesta la volonté de toute puissance du pharaon sorcier et de ses proches, cherchant à persécuter les vieilles familles de sorciers qui gravitaient autour des pharaons de la XVIIIe dynastie. Le dieu Aton est représenté comme un disque solaire dont les rayons se terminent par des mains qui descendent sur le pharaon Akhenaton, son épouse Nefertiti, et leurs filles, plaçant ainsi pour les moldus les membres de la famille royale comme uniques intermédiaires entre le dieu et le peuple, alors qu’auparavant les prêtres d’Amon jouaient un rôle essentiel.

Vestiges du petit Temple d'Aton, au coeur de la ville d'Akhetaton, v. -1350, Tell el-Amarna
La ville d’Akhetaton fut ainsi construite pour célébrer le disque solaire, avec deux grands temples à ciel ouvert où le souverain se rendait quotidiennement, et pour manifester la gloire et la puissance du pharaon, alors que l’Empire égyptien connaissait un début de déclin après une période faste, aussi bien sur le plan international avec la perte d’influence au Levant et en Nubie, mais aussi sur le plan économique, déclin probablement accentué par la destruction des structures traditionnelles, les hauts dignitaires sorciers qui dirigeaient l’administration royale, et par l’enfermement de plus en plus manifeste d’Akhenaton dans sa ville.

Mur de talatates, représentant le dieu Aton et ses fidèles, v. - 1345, provenant de Tell el-Amarna
Paradoxalement cette période d’affaiblissement du pays fut une période de renaissance artistique avec l’apparition d’un “style amarnien” caractéristique dans la représentation des corps qui s’arrondissent : les hanches se développent, les courbes des ventres s’accentuent, les mentons deviennent proéminents. Les historiens de la Magie évoquent la possibilité des conséquences physiques de l’utilisation de la magie noire par Pharaon et sa famille, comme ce fut le cas avec la transformation physique de Tom Jedusor.

Buste d'Amenhotep IV / Akhenaton avec les attributs royaux, v. -1350, Musée Archéologique de Louxor
Pour les moldus, Akhenaton incarne une forme de romantisme révolutionnaire, le pharaon ayant décidé de s’extraire du carcan des institutions traditionnelles pour une nouvelle vision du monde, reposant sur une relation plus directe entre lui et son peuple, essayant de briser la puissance économique du haut-clergé d’Amon, qui abusait régulièrement de ses privilèges, et mettant en avant une figure protectrice et bienveillante par l’exposition de sa vie familiale.

La ville d'Akhetaton, relief peint (et en partie martelé), v. -1340,
Tombe de Meryre, grand-prêtre d'Aton, Tell el-Amarna
Pour les historiens de la Magie, le regard est plus sombre et la figure d’Akhenaton laisse planer encore de nombreux mystères. Est-il un souverain qui a voulu lutter contre la puissance excessive de certaines familles de sorciers thébains, qui, de fait, devenaient plus puissantes que celle de pharaon ? Ou bien a-t-il sombré dans une soif de pouvoir inextinguible, l’ayant poussé toujours plus loin dans l’exploitation de ses sujets, et dans l’utilisation de la magie noire à ses profits, allant jusqu’à déformer son apparence physique ? Si ces questions ne sont pas encore tranchées, l’étude des sépultures du village des artisans de Tell el-Amarna montre que ces derniers étaient beaucoup moins bien traités et mouraient plus jeunes que les artisans qui vécurent à Deir el-Medineh, sur la rive occidentale de Thèbes, près de la Vallée des Rois.

Mur de talatates, représentant des artisans, v. - 1340, provenant de Tell el-Amarna
À la mort d’Akhenaton vers –1338/–1337, dans la dix-septième année de son règne, ce fut un certain Smenkhkarê qui lui succéda, pour seulement quelques années, un de ses conseillers pour les uns, un nom d’emprunt de Nefertiti pour les autres, ou l’époux de sa fille aînée Merytaton, qui aurait gouverné en réalité. Ce règne maintint la capitale à Akhetaton même si la ville commença à décliner, des troubles politiques fomentées par les familles thébaines sapant le pouvoir royal. En –1335 environ, monta sur le trône un fils, probablement cracmol, d’Akhenaton et d’une de ses épouses secondaires qui modifia son nom de Toutankhaton en Toutankhamon (“l’image vivante d’Amon”). Le jeune âge du nouveau souverain, ainsi que son statut de cracmol, firent que le pouvoir fut véritablement exercé par des conseillers issus des familles de hauts dignitaires traditionnelles, dont certaines familles de sorciers thébains. Le règne de Toutankhamon marqua la fin de l’expérience amarnienne, l’art reprit une forme plus classique, la capitale revint à Thèbes, le culte d’Amon fut pleinement restauré, Akhetaton fut abandonnée et détruite, et le pouvoir passa. Il marqua aussi la fin de la lignée d’Akhenaton, la dix-huitième dynastie s’achevant avec deux pharaons d’origine probablement militaire.

Tête d'Akhenaton, v. -1345, Musée Archéologique de Louxor
Alors que l’Égypte fut gouvernée par une même famille entre –1550 et –1327, le règne d’Akhenaton marqua la fin de l’apogée de la dix-huitième dynastie, la société égyptienne n’étant visiblement pas prête à supporter les changements que le Pharaon et son entourage proche souhaitaient mettre en œuvre. À partir de lui, le royaume connut une baisse d’influence et de richesse, qui ne cessa qu’avec les grands pharaons de la XIXe dynastie : Séthi Ier (-1292/-1279) et Ramsès II (-1279/-1217).















