La Gazette du Sorcier - Edition Poudlard12

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Ne te découvre pas d'un fil

Le soleil me réchauffe déjà, et le vent porte d’autres notes florales, comme les miennes encore naissantes. Toi, tu bouges tout doucement, petit battement synchronisé dans ton lit de soie blanche.
Tu es pressé, toujours pressé, d’aller explorer l’immensité de l’horizon, pendant que je resterai sur place à t’observer de loin. Tu reviendras, peut-être, me faire le cadeau d’un autre protégé.
Cette année, tu es mon seul trésor, mon amulette, mon porte-bonheur, sur qui j’ai veillé tant bien que mal dans le froid de l’hiver.
Tu es bien trop pressé de t’envoler de tes propres ailes, ce printemps. Alors je t’en conjure, attends encore un peu avec moi, moi qui ne partirai pas. Les accents de l’hiver se mêlent encore aux effluves du printemps, il te reste encore quelques jours, au moins.
Quelques jours avant de te révéler au monde, dans toute ta magnificence. Donne-moi encore une semaine, et nous brillerons de mille feux, ensemble.

Fais attention au vent, il souffle fort.

Cette année encore, tu t’es agrippé, surgissant de nouveau de terre un peu trop tôt, pour te blottir à mon pied. Ce ne fut pas ta décision la plus intelligente, mais, égoïstement, je ne fus jamais aussi heureux. Je pouvais enfin te voir grandir longuement, éparpiller tes pétales couleur de feu dans le vent encore froid et te voir abriter une vie, toi aussi. Au moins, j’ai l’assurance de te voir tous les ans, lorsque le temps se réchauffe. C’est une consolation.
Tu vas devoir partir quelque temps, et j’attendrai seul, mais nous nous retrouverons toujours.

Veille à toi, même si le soleil brille.

Chaque année, le même spectacle à la même période. Un imposant chêne, vieux depuis bien plus que des décennies, étend ses branches et ses racines autour d’une cour de fleurs qui se répandent comme des encres à ses pieds. Une fleur rouge vif est posée fragilement contre son tronc, et tremble avec les bruissements du vent.
Elle souffle doucement. Elle voit ce tableau depuis qu’elle est née, à peu près au moment où les fleurs fleurissaient pour la première fois.
Il devrait être permanent, comme devraient l’être les belles choses, et chaque année pourtant, elle redoute sa disparition. Chaque année, elle espère que son jardin secret ne finira pas malade et affadi comme le jardin du monde entier.
Chaque année, elle espère que leur gardienne – la Terre – survivra à la folie des hommes un an de plus, juste le temps que suffisamment s’inquiètent et agissent pour leur jardin-refuge.
Le vent s’est remis à souffler, et les tressautements sont plus forts à présent. Un peu trop forts peut-être, pour n’être liés qu’à Éole. En effet, les ailes bleues d’un habitant de soie pointent de sous la corolle de feu, battent quelques instants avant de s’élancer et de tutoyer la brise. La nature continue de s’éveiller, comme chaque année. Une bourrasque soudaine la fit frissonner.

Espère, et ne te découvre pas d’un fil.

 

 

 

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Commentaires

1. Le 6 avr. 2026, par Nox De Leon

Sur le conseil de Skye j'ai pu voir l'illustration d'Arsène (et encore très pâle) en changeant de thème (et en plus parce qu'elle m'a gentiment envoyé l'image), ça aurait été dommage de la rater. Un très beau texte aussi Hermione que j'associe au printemps qui arrive et qui repart. Un texte qui m'a touchée parce qu'il est très bien écrit , qu'il parle à ma sensibilité, et que j'aurais presque pu l'adresser à l'un de mes enfants.

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