Les Contes de la Taverne Éphémère
Par Hope le 1 févr. 2026, - Vie Pédouzienne - Lien permanent

Assise sur mon nénuphar, je regarde, du haut de mes quatre maigres pattes verdâtres et de mes yeux globuleux, le ciel se refléter dans l’eau, comme si un miroir était posé à même la surface. Mais quelque chose m’inquiète, cette ombre qui glisse entre les roseaux, trop grande pour être un têtard.
L'eau est agitée de mouvements inhabituels, mon nénuphar se met à tanguer. Une simple ombre ne provoquerait pas un tel remue-ménage, mon inquiétude grandit.
J'ai entendu dire qu'il existait des créatures sous-marines appelées les êtres de l'eau et qui, paraît-il, ne sont pas réputés pour leur bon caractère ; aurais-je affaire à l'un ou l'autre d'entre eux ?
Je reste figée, mes petites pattes agrippées fermement aux pétales du nénuphar, espérant que l'ombre se dissipera comme un nuage dans le ciel ; mais l'agitation de l'eau s'intensifie, et une forme noire émerge lentement des profondeurs.
C'est alors que l'ombre prend forme, révélant une silhouette ornée d'écailles scintillantes d’un bleu presque étoilé. La créature, immense et majestueuse, s'approche lentement.
Il y a là un danger, c'est sûr, mais est-ce le seul ? Du côté des roseaux, ça bouge également et ça bouge même de plus en plus. Quelle décision prendre ? Faire un grand bond et se retrouver sur la berge ou bien plonger dans l'eau pour y trouver une quelconque sécurité ?
Dans l'eau, je risque de mauvaises rencontres ; dès lors, je choisis de sauter sur la berge en espérant retrouver rapidement un autre point d'eau avec des plantes où je pourrais me réfugier.
À peine mes pattes touchent-elles la terre humide que je comprends mon erreur : la berge n'est pas silencieuse, et dans le froissement sec des herbes se dessine la promesse d'un danger plus immédiat encore que les profondeurs que je viens de fuir.
Eh oui, je suis un batracien, j'ai de la chance, je peux vivre aussi bien dans le monde aquatique que sur la terre ferme. Mais voilà, cette chance se transforme en malchance quand je dois découvrir d'où viennent les dangers afin de les fuir avec discernement.
Le sol se met alors à vibrer dans un rythme lourd et régulier. Pas celui d’un insecte, ni d’un rongeur. Quelque chose de plus grand. Beaucoup plus grand.
Quelque chose qui a deux pattes, longues comme des échasses, elles sont si longues que le batracien ne voit qu'elles, le reste du corps est caché par les roseaux.
Les longues échasses avancent lentement en faisant frémir les roseaux ; je comprends alors avec effroi que je ne suis peut-être pas la proie la plus insignifiante de l'étang.
Je m'aplatis le plus possible dans les roseaux, je me recouvre de boue pour passer inaperçue. Côté esthétique, ça n'est pas glorieux et mon orgueil en prend un coup.
Ce camouflage me permet cependant de reprendre mes esprits et, la curiosité l'emportant, je lève les yeux avec précaution et je vois passer un long bec qui semble s'éloigner de l'endroit où je me tiens.
Alors que je retiens mon souffle, le bec s'arrête net, revient lentement en arrière et vient s'immobiliser juste au-dessus de moi ; l'oiseau aurait-il senti, sous la boue et les roseaux, le battement affolé de mon petit cœur de batracien ?
Je ne sais que faire, si je tente de m'enfoncer dans la boue pour mieux me cacher, c'est sûr que le bec va remarquer ma manœuvre. En plus, j'ai l'impression que mon petit cœur fait davantage de bruit qu'une grosse caisse en pleine action.
C'est alors, alors que tout semble perdu pour moi, qu'un vrombissement se fait entendre, et qu'un vol scintillant de libellules fonce en piqué sur le grand échassier, l'attaquant de toutes parts.
Je suis ébahie, sidérée, le spectacle auquel j'assiste est une pure merveille, c'est la magie de Dame Nature à l'état pur. J'en oublierais presque qu'elle me sauve la vie.







Commentaires
C'est un récit palpitant et magique ! J'ai vraiment adoré l'histoire que j'ai trouvée vraiment bien écrite et palpitante ! J'avais peur que la pauvre grenouille se fasse avaler et j'ai même eu le réflexe d'aller voir à la fin avant de finir ma lecture ! Félicitations aux auteurs ! Et merci de nous avoir fait découvrir (pour ma part) ce texte.
Déjà j'aime beaucoup mettre ma plume dans ce topic de contes et voir l'évolution de l'histoire au fur et à mesure des posts de chacun.. Quelle bonne surprise de retrouver ce texte réalisé en commun dans la gazette. L'union fait la force mais surtout la qualité. L'histoire de cette pauvre rainette est captivante. Bravo à tous les participants !
Un thème qui a dû plaire à Mirabelle hihi ! =° Je trouve ça assez drôle de voir que souvent, le texte créé contient un ou plusieurs passages angoissants, celui-ci aussi ! C'était sympathique à lire, et je dois avouer que lire le texte avec la recommandation « Fantaisie for Solo Flute in D Major » d'Achileas fait s'imaginer une grenouille très sautillante. Bref, je trouve juste dommage que les auteurs et autrices du texte n'aient pas été cités comme d'autres fois ! L'illustration est jolie, le texte mériterait un peu plus de contrastes (du gris sur du gris, c'est pas le plus lisible), et j'aime beaucoup l'effet sur le cadre !
J'avoue ne pas avoir suivi le topic de base mais cet article m'a permis de découvrir cette petite histoire très sympathique ! J'aurais également apprécié savoir qui a participé à l'élaboration de ce texte mais je regarderai dans le Monde Magique, haha. Très jolie illustration !