Mystère au Ministère, l'esprit errant du département et le mystère d'Aran...
Par Skye Trixange le 1 juil. 2026, - Communauté Magique - Lien permanent

Après avoir quitté la salle des Prophéties, encore dubitatif après ce qu'il s'était produit, je passais devant la salle de l'Amour que je n'avais pas encore explorée. Cependant, cette salle était verrouillée et protégée contre les sortilèges ou tout autre moyen qui aurait pu l'ouvrir. Selon la légende, cette pièce contiendrait un pouvoir plus puissant que la mort, que l'intelligence humaine et que toute autre force de la nature. Il m'était donc impossible de l'ouvrir.
J'étais encore perturbé par cette enquête et il était temps pour moi de rentrer dans nos bureaux pour débriefer, comprendre ce qu'il s'était passé et surtout pourquoi.
Mais je ne pouvais le faire seul. Je contemplais ma carte du monde magique en réfléchissant et je me résolus à appeler mon père pour lui parler de tout cela.
Mon père me rejoignit dans mon bureau et je lui racontai tout : la salle du Temps, l'apparition dans l'arche de la salle de la Mort, la silhouette et les bruits dans la salle des Prophéties. Il savait tout.
— Je ne comprends pas le lien entre tout ça. Pourquoi cette silhouette ? Et quel est ce mystère ? demandai-je.
Mon père releva la tête de ses parchemins et ajusta ses lunettes.
— Écoute, fils. Il est clair qu'il s'agit d'une histoire peu commune, évidemment.
— Il s'est adressé à moi. Que faisait-il là ? Pourquoi hante-t-il encore le ministère ?
Mon père hésita quelques secondes.
— Le mot « hanter » est probablement inexact. En y réfléchissant, je pense qu'il pourrait s'agir d'un phénomène extrêmement rare... Un phénomène que nous appelons l'ancrage temporel posthume.
— L'ancrage temporel posthume ? lui répondis-je.
— Exactement. L'hypothèse repose sur une théorie complexe. Chaque utilisation d'un Retourneur de Temps laisserait une sorte d'empreinte de l'âme du voyageur dans le flux temporel. Dans des circonstances normales, ces empreintes disparaissent progressivement. Mais lorsqu'un sorcier meurt peu après avoir effectué de nombreux voyages temporels ou après une utilisation anormale de l'objet, les choses pourraient se compliquer.
— Que se passe-t-il alors ?
— Une partie de lui ne parviendrait pas à suivre le chemin habituel vers le monde des morts. Elle resterait suspendue entre plusieurs moments de son existence. Ni entièrement vivante, ni véritablement morte.
Je fronçai les sourcils.
— Comme un fantôme ?
— Pas tout à fait. Un fantôme est une copie consciente laissée volontairement derrière soi par peur de la mort. Ici, nous parlons d'autre chose.
— Et quel rôle joue le Retourneur de Temps dans tout cela ? lui demandai-je.
Mon père se leva et se dirigea vers une grande fenêtre donnant sur le London Bridge.
— C'est là que l'affaire devient fascinante. Après l'accident, le Retourneur de Temps du défunt aurait été placé dans la salle du Temps du Département des Mystères.
— Et ?
— Selon les théories, le Retourneur de Temps agit désormais comme une ancre. Tant qu'il demeure dans cet environnement saturé de magie temporelle, il maintiendrait inconsciemment un lien avec son ancien propriétaire.
— Ce qui expliquerait les apparitions ?
— Précisément. Tu as entendu parler des Retourneurs de Temps qui vibrent et scintillent. Tu as vu une silhouette à plusieurs reprises. Elle apparaît puis disparaît comme un esprit. Certains la voient marcher normalement. D'autres la décrivent comme figée quelques secondes avant de s'évanouir. Puis ils entendent des choses. Toi-même, tu as entendu des choses. Il s'est adressé à toi.
— Tu crois qu'il s'agit vraiment de lui ? lui demandai-je.
Mon père croisa les bras.
— Si cette théorie est correcte, ce n'est plus exactement « lui », mais un fragment de lui-même : son esprit.
— Des fragments ?
— Lors de la mort, trois parties se distinguent : l'esprit, l'âme et le corps. Dans ton cas, c'est son esprit qui est ancré au Retourneur de Temps et c'est donc cet esprit que tu as vu et entendu.
Un frisson me parcourut.
— C'est terrible. Mais où sont son âme et son corps ?
— Cet esprit percevrait simultanément son passé, son présent et possiblement son futur. C'est pour cela que tu l'entends apparaître et errer : il recherche son âme et son corps. C'est aussi pour cela qu'il t'a parlé de la prophétie et de la catastrophe qui va se produire. Il est conscient du présent et c'est possiblement pour cette raison qu'il t'a murmuré « Aran », répondit mon père.
— Il verrait tout à la fois ?
— Ou du moins une multitude de versions de la réalité. Incapable de s'ancrer dans un seul instant, il dériverait continuellement entre eux.
— Et c'est pour cela qu'il reste près de la salle du Temps et dans le Département ?
— Exactement. Les forces temporelles qui convergent dans cette salle seraient les seules capables de maintenir sa cohérence. Elles l'empêcheraient de disparaître complètement.
Je regardai mon père avec inquiétude.
— Alors il n'y a aucun moyen de le libérer ?
Le silence s'installa.
— Théoriquement, si. Il faut retrouver son corps et son âme. Si tu arrives à communiquer avec l'âme du défunt et à comprendre ce qui lui est arrivé, tu pourras résoudre ton problème.
— Mais comment faire pour les trouver ?
Mon père eut un sourire triste.
— Au Département des Mystères, il existe une règle non écrite : lorsqu'une expérience touche à la fois au temps, à la mort et à l'âme humaine, la prudence devient une nécessité absolue. Tu vas donc devoir découvrir cela par toi-même, car personne ne t'aidera. Trouve son corps, découvre quelle catastrophe va se produire à nouveau, comme le dit la prophétie, et tu pourras peut-être le sauver si tu trouves la réponse.
Il referma lentement son dossier.
— Mais en attendant, jusqu'à ce qu'une réponse soit trouvée, certains pensent que cette silhouette continuera d'errer dans les couloirs du Département des Mystères... prisonnière entre la mort, le temps et les futurs qu'elle ne pourra jamais atteindre.
— Merci, papa.
Mon père se leva et me prit dans ces bras.
— Courage mon fils, tu vas réussir ! Et tu dois aussi venir voir ta mère entre deux enquêtes, ça nous ferait plaisir.
— Oui papa, promis ! Mais je n'ai plus 18ans haha !
Je regardai mon père partir. J'avais donc une explication à cette histoire mais sans mon père, je n'aurais rien et puis c'était loin d'être terminé.
En m'asseyant à mon bureau, je regardai de nouveau la carte sur le mur en repensant à cette discussion quand, soudain, je compris ce qu'était qu'Aran...






