La Gazette du Sorcier - Edition Poudlard12

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15 avr. 2025

Les Carnets de Terry : L'Égypte, berceau des Animagi

Après vous avoir conduit dans les frimas de la Laponie, cet hiver, j'ai décidé de vous faire découvrir, en ce printemps, un pays empli de monuments, et de vestiges très anciens, qui interpelle l’imaginaire de beaucoup d’entre nous : l’Égypte.

Des rives de la Méditerranée aux terres nubiennes, de l’Oasis de Siwa aux montagnes du Sinaï, cette contrée fascinante reste une terre d’exploration et de découverte, associée au monde de la magie depuis l’époque des premiers pharaons jusqu’au voyage de la famille Weasley.

Dans ce premier des carnets de voyage consacrés à l’Égypte, je vous propose d’essayer d’appréhender un peu la civilisation du monde des sorciers dans l’antiquité.

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Pour cela, je voulais partager avec vous un aspect fondamental de la culture pharaonique et des traces archéologiques qu’elle nous a laissés : le lien étroit entre animal et être humain. Tout le monde connaît les sphinx, une espèce assez rare mais présente dans la valise de Newt, et qui se caractérise par un corps de lion et une tête humaine. Cette créature est présente dans la pierre à de multiples endroits à travers le pays. Bien évidemment, sa forme la plus connue est celle du grand sphinx de Gizeh mais il existe également une allée de plus de six-cents sphinx de pierre entre le Temple de Karnak et celui de Louxor. Certains magizoologistes pensent d’ailleurs que le sphinx a été créé par un sorcier égyptien.

Différentes statues de sphinx, à Guizeh, à Louxor et au Temple d'Hatchepsout à Deir El Bahari

Au-delà de cet animal mystérieux, la présence prédominante de figures humaines à tête d’animaux est un élément essentiel de la civilisation égyptienne. Si les moldus pensent que tous ces personnages sont des divinités, mes discussions avec plusieurs historiens égyptiens de la magie tendent à prouver que si l’on a représenté des hommes à tête de faucon, chacal, ou ibis, c’est parce que les sorciers de l’Égypte antique, très présents et influents dans la société, avaient une prédilection pour la métamorphose animale, bien avant les plus anciens animagi, recensés au Moyen-Âge !

Fresques murales, début de la XX° dynastie, Tombe d'Amen-Khopshef, fils de Ramses III, Vallée des Reines, Thèbes Ouest

Il est probable que le processus de transformation n’était pas le même que de nos jours et que de complexes rituels, associant potions et sortilèges, aujourd’hui disparus ou encore incompris, étaient nécessaires et pouvaient occasionner des effets secondaires comme la persistance d’une tête animale sur un corps humain en cas de mauvaise maîtrise d’une des étapes du processus, ou bien d’utilisation répétée ou prolongée d’une telle magie. L’importance sociale de ces sorciers auraient incité les moldus à les considérer comme des dieux, tout comme ils associaient le pharaon et le monde des dieux.

Isis, sous la forme d'un milan, planant au-dessus d'Osiris embaumé, haut-relief, XIX° dynastie, Temple d'Osiris, Abydos

Un exemple de cette maîtrise de la métamorphose animale est un des mythes associés à Isis, qui est par excellence la déesse de la magie dans l’antiquité. Lors de l’assassinat d’Osiris par son frère jaloux, Seth découpa son corps en quatorze morceaux, qu’il dispersa un peu partout en Égypte. Afin de reconstituer son époux et de lui redonner vie, Isis se métamorphosa en milan, un rapace cousin du faucon, et survola tout le pays à la recherche des différentes parties. Elle finit par toutes les retrouver et grâce à l’aide d’Anubis, elle réussit à reconstituer le corps d’Osiris qu’elle survola à nouveau sous sa forme d’oiseau afin de lui insuffler la vie et de pouvoir s’accoupler avec lui, ce qui donna neuf mois plus tard la naissance d’Horus, à tête de faucon.

Isis, avec les cornes d'Hathor, et Horus, haut relief, XIX° dynastie, Temple d'Osiris, Abydos

Encore une fois, les contes et mythes moldus évoquent une réalité qui les dépasse, celle du monde des sorciers. Isis était probablement une sorcière très puissante, capable de ressusciter des morts, maîtrisant ainsi de puissants sortilèges de guérison mais aussi pouvant se transformer en oiseau. Elle est aussi liée à Hathor et apparaît comme une sorcière bienveillante aux multiples pouvoirs. Les historiens de la Magie pensent d’ailleurs qu’Isis est plus le nom d’une lignée de sorcières que d’un seul individu.

Dieu Thot, XX° dynastie, Tombe de Ramses VI, Vallée des Rois, Thèbes Ouest

Cette connaissance de la métamorphose n’est pas l’apanage d’Isis mais semble très répandue chez les sorciers de l’antiquité, si l’on en juge par la quantité de représentations, un peu partout le long de la vallée du Nil, que ce soit dans des temples ou des tombeaux. Il semblerait même que les sorciers choisissaient leur forme animale en fonction de leurs activités. Ainsi, les sorciers s’occupant d’astronomie, d’histoire, d’écriture, se changeaient traditionnellement en ibis, ce qui se retrouve dans le dieu Thot.

Dieu Sobek et un haut dignitaire égyptien, Nouvel Empire, Musée archéologique, Louxor

Les sorciers travaillant dans le domaine de la gestion de l'eau, de l'irrigation et de toute la magie liée à l'eau, prenaient eux l'apparence d'un crocodile, et furent assimilés au dieu Sobek, dieu de l'eau et de la fécondité... Je pourrais multiplier les exemples qui sont multiples et que l'on trouve aussi bien dans la statuaire, les reliefs sur les murs des temples ou les fresques des tombeaux. Il faut dire que la sorcellerie était omniprésente dans l'Égypte pharaonique, les hiéroglyphes étant considérés comme une écriture magique, les moldus lui donnant un pouvoir performatif : tout ce qui est écrit sur les murs ou représenté dans les fresques se réalisaient de façon effective, pour eux.

Horus devant l'entrée de la grande salle hypostyle, II° siècle A.C., Temple d'Horus, Edfou

Toutes ces représentations durèrent toute l'antiquité, ce qui montre l'influence des sorciers et une certaine stabilité dans les formes de magie qu'ils pratiquaient jusqu'à la conquête de l'Égypte par l'Empire Romain. Ainsi, on trouve à Edfou, dans le Temple d'Horus, datant de l'époque ptolémaïque (de -323 à -30), de nombreuses représentations de Horus, le dieu à tête de faucon, de Hathor, la déesse aux cornes de vaches ou de Sekhmet, la déesse lionne, portant la colère de Rê. De même à Denderah, dans le Temple d'Hathor, on trouve des reliefs datant de l'époque de Cléopâtre VII, montrant une persistance de la civilisation durant près de 3000 ans.

Scène d'offrandes à la déesse Sekhmet, II° siècle A.C., Temple d'Horus, Edfou

 

Avec la fin de la culture pharaonique, les connaissances en métamorphose animale des sorciers égyptiens semblent avoir disparues et, même si certains temples restèrent en activité jusqu'à la fin du IV° siècle de notre ère, ils n'étaient plus que les vagues souvenirs d'un passé glorieux.

 

 

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La Petite Bibliothèque florale de Nausicaa

 

Très chères lectrices, très chers lecteurs,

Voici le retour de ma chronique de la Petite Bibliothèque. J'espère que cette édition florale vous plaira. Je remercie chaleureusement Hope pour ses suggestions et sa participation à l'écriture et l'élaboration de cet article !

Matoutou, Rain et Thylas sachez que je ne vous oublie pas et que les conseils que vous attendez arriveront bien vite dans l'édition du mois de mai. Je voulais me laisser plus de temps pour réfléchir à vos demandes et vous répondre au mieux.

En attendant, voici quelques livres aux jolies fleurs pour vous accompagner en ce mois d'avril.


1. Gaston Grognon Complètement zinzin - Suzanne et Max Lang
À partir de 3 ans.


Gaston Grognon est un personnage que j'aime énormément dans la littérature pour les plus petits. Ce petit chimpanzé attachant est un adepte du boudin. Un coup il n'aime pas danser, un autre il trouve Noël trop nul, un autre c'est l'amour qui est dans son collimateur. Vraiment tout est sujet à colère et refus chez ce petit héros. Fort heureusement, ses amis de la jungle réussissent toujours à lui faire changer d'avis.
Ce nouvel album sur le thème du printemps n'est pas en reste, il vient aborder la joie que l'on peut ressentir à l'arrivée de cette saison, tout en reprenant les codes des autres de la série, toujours un humour très agréable à lire et découvrir.



2. Peluche Cap sur le printemps - Juliette Vallery et Chloé Mallard
À partir de 3 ans.


Peluche, c'est ce petit héros tout doux et tout mignon que nous voyons sur la couverture. Série absolument adorable autour des quatre saisons, celui sur le printemps est le troisième de ces petits albums.
Une grande douceur transparait dans le texte et dans le dessin. Nous suivons ici Peluche à la rencontre d'adorables petits canetons, d'une grande aventure avec son ami castor, le tout dans une nature qui se réveille et apporte de magnifiques paysages avec elle.



3. Lightlark - Alex Aster
Romantasy Young Adult.


Tous les cent ans, Lightlark émerge des tempêtes. Une île légendaire, splendide et cruelle, où les souverains des six royaumes alentours sont convoqués pour un jeu mortel : le Centennal. Un seul objectif : briser les malédictions qui condamnent leur peuple depuis des siècles. Une seule règle : trahir pour survivre.

Ici nous suivons Isla, la jeune souveraine du peuple des sauvages. En symbiose avec la nature, la vie et la croissance, leur malédiction les empêche de tomber amoureux, au risque d'y perdre la vie. Isla, bien que considérée comme la plus vulnérable d'entre eux, elle cache un secret d'envergure, capable de changer le destin de tous et de la monter sur la première place du podium. Afin de permettre à son peuple, en voie d'extinction, de survivre, elle devra comploter, trahir et s'allier avec de nombreux ennemis. Sur une île où chaque mot peut être un mensonge, et chaque regard une menace, Isla devra choisir entre sauver son royaume… ou sauver son cœur, tiraillée entre celui qu'elle est censée haïr et celui qu'elle ne peut s'empêcher de désirer !

Lightlark est à ce jour une trilogie : Nightbane, le tome 2 et Skyshade le tome 3 qui vient juste de sortir. Toutefois l'autrice à révélé que deux nouveaux tomes viendront étoffer les aventures d'Isla : un tome 4 qui marquera la suite directe de l'histoire et un tome un peu spécial qui ravira autant les fans de chaque love interest de la jeune reine.



4. Fleurs d'Oko - Laëtitia Danae
Fantasy Young Adult.


Dans un royaume où la magie est réservée aux hommes, Oko est une jeune fille qui a le pouvoir de parler le Langage des fleurs. Apprenant que le grand sorcier Soumaoro recherche un successeur, elle s'enfuira et voudra tenter sa chance pour changer son destin. Malheureusement pour elle, vingt candidats et quatre cycles d’épreuves se dresseront sur son chemin pour accéder à son but.
Intrigues politiques, magie et ruse sont au rendez-vous dans ce diptyque.

Je n'ai pas encore eu le temps de me plonger dans les aventures d'Oko, mais ce livre est dans ma liste depuis un moment déjà. Les couvertures magnifiques aux motifs floraux m'attirent comme une petite abeille, ainsi que la thématique du livre. Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus pour le moment mais j'ai bien hâte de me plonger dans cette histoire !



5. Le Dernier Conte, Tome 1 : Pomme d'or - Alexiane Thill
Romantasy Young Adult


Marraine la bonne fée est morte, Ariane est la dernière fée encore en vie. Sur ses épaules repose le destin du monde, peu à peu envahi par la noirceur depuis la disparition de son peuple, qui maintenait tout grâce au pouvoir de la poussière de fée. Un seul moyen pour elle de sauver son univers du désastre : trouver un héros et une héroïne et recréer un conte afin de les faire accéder au rang de Monarque.
Ariane trouvera le moyen d'accéder à notre monde et ramènera malgré lui Warren dans le monde des contes.
Entre cohabitation difficile entre les deux personnages, voyages au milieu des contes que nous connaissons... Ariane est-elle prête à découvrir la vérité qui se cache derrière les contes et Marraine la bonne fée ?

Ce tome est le premier d'une série de quatre tomes confirmés pour le moment, dont seuls les deux premiers sont disponibles. Les tomes trois et quatre sortiront respectivement les 21 mai et 2 juillet 2025. Je ne sais pas encore s'il y aura d'autres tomes par la suite.
Ce que j'ai beaucoup aimé dans cette histoire, c'est que chaque tome va plus s'appuyer sur un conte connu en arrière plan, tout en le détournant complètement. La relation entre Ariane et Warren semble aller vers une romance slow burn dont j'ai hâte de voir l'évolution.
Des trigger warning sont présents au début de l'ouvrage, préparant le lecteur à des sujets difficiles qui pourraient se retrouver à l'intérieur. Le premier tome reste tout de même très abordable pour un public à partir de 15 ans.



8. Le Cercle du Dragon-Thé - K. O'Neill
Bande dessinée jeunesse.
 


Greta est une apprentie forgeronne qui apprend cet art aux côtés de sa mère. La rencontre d'un petit dragon-thé blessé va changer sa vie à tout jamais, lui permettant de faire la rencontre de Hesekiel et Erik, propriétaires d'un salon de thé un peu particulier. Ces derniers vont lui apprendre l'art délicat du soin des dragons-thé, ces petites créatures absolument adorables.
Greta fera aussi la rencontre de Minette avec qui elle va nouer une relation toute douce.

Premier tome d'une trilogie autour des dragons-thé, cette jolie bande dessinée est vraiment une petite pépite de douceur et de beauté. Tout y est réconfortant et poétique, offrant au lecteur une petite bulle de bonheur. Je vous recommande vivement de découvrir cette petite merveille qui va très bien avec la douceur du printemps.



7. Les fleurs par les grands maîtres de l'estampe japonaise - Amélie Balcou


Cet ouvrage devrait plaire aux amateurs d'art et de belles estampes. Centré sur la thématique des fleurs, il permet de découvrir le travail de grands maitres tels que Hokusai ou Hiroshige, tout en invitant aussi à la contemplation d'estampes d'autres artistes directement inspirés par ces deux hommes.
Magnifique livre objet, il fait un cadeau de choix pour toute personne qui aime la nature et apprécie se perdre dans l’observation de celle-ci.



8. Le Petit Prince - Antoine de Saint-Exupéry


Il est vrai que Le Petit Prince n'a pas spécifiquement une couverture florale, ou ne parle pas directement des fleurs mais... Que serait le petit prince sans le personnage de la rose ? Sans elle, jamais il n'aurait commencé son long voyage à travers les planètes, jamais il ne serait arrivé sur la Terre, jamais l'Aviateur n'aurait rencontré cet étrange petit garçon.
Orgueilleuse, complexe, il n'y a cependant pas d'autres roses semblables à elle, elle est unique dans le cœur du Petit Prince. Symbole d'amour, il n'aime pas d'autres roses qu'elle.

Œuvre intemporelle, Le Petit Prince est une source de questions philosophiques et sociétales qu'il faut partager et faire découvrir entre toutes les générations. Une œuvre qui me fera toujours autant pleurer à chaque fois que je la lis.



Cette sélection est à présent terminée, nous espérons qu'elle vous aura plus !
N'hésitez pas à partager vos œuvres florales en commentaire !

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Les Carnets de Terry : Le Sethisard

Pour le deuxième extrait de mon carnet de voyage en Égypte, je vous propose d’aller à la rencontre d’une créature très peu connue des sorciers contemporains et trainant derrière elle une très mauvaise réputation auprès de ceux qui en ont déjà entendu parler : le Sethisard, un animal étrange, associé au dieu égyptien du chaos dans l’Antiquité, le frère maléfique d’Osiris et d’Isis, Seth.

Dans l’Antiquité, cette créature était assez répandue dans les déserts, et les voyageurs craignaient de la rencontrer, particulièrement dans les déserts de pierre de la rive orientale du Nil, entre le fleuve et la Mer Rouge. Cette crainte était liée au fait que le Sethisard était, sous sa forme domestiquée, le compagnon traditionnel des mages noirs, qui développaient son agressivité et sa soif de sang pour en faire des armes redoutables contre leurs victimes. À l'état sauvage, il peut également se montrer redoutable lorsqu'il est affamé ou défend son petit, mais il n'attaque jamais gratuitement. Il fut d'ailleurs utilisé, à bon escient, sous la XX° dynastie (XII° et XI° siècles A.C.), afin de protéger certains tombeaux des groupes de pilleurs, mais cette expérience ne se poursuivit pas après la chute du Nouvel Empire.

Le Sethisard connut, dès le début du premier millénaire avant notre ère, une baisse de sa population, due notamment au braconnage de ses oeufs, très convoités pour leur valeur et leurs propriétés. À l'époque ptolémaïque (-323/-30), il était également chassé pour sa fourrure, qui servait de trophée, pour ses griffes et pour les propriétés de sa langue.
Si la fin de la culture pharaonique, qui vit la quasi disparition des sorciers sur le sol égyptien, fut un léger répit dans la baisse du nombre de spécimens, très vite, sa mauvaise réputation d'animal associé au chaos entraîna une chasse quasi systématique menée par les moldus mais aussi par les quelques sorciers ayant demeuré dans la vallée du Nil.

 



De nos jours, quelques centaines d'individus subsistent dans le désert arabique, situé entre le Nil et la Mer Rouge, et une grande réserve rassemblant plus de deux cents spécimens se situe dans le désert de Nubie, à l'ouest d'Abou Simbel, gérée par le Bureau de Gestion de la Sorcellerie égyptien, équivalent de notre Ministère de la Magie. Il est donc particulièrement rare de pouvoir en rencontrer, et j'ai eu le privilège d'avoir été invité à parcourir cette réserve.

Le Sethisard ressemble à un grand tamanoir, au pelage entièrement noir, pouvant atteindre 1m60 au garrot et près de 3m lorsqu'il se dresse sur ses pattes arrières, le rendant ainsi particulièrement menaçant et terrifiant. Il a un museau très allongé, légèrement courbé vers le bas, renfermant une longue langue fine. Il a de puissantes griffes faites dans une sorte de métal, le plus souvent argenté mais parfois noir. La seule chose distinguant le mâle de la femelle est la bande de pelage blanc qu'il arbore au niveau de l'encolure mais dont le tracé varie d'un individu à l'autre.



Les magizoologistes sont partagés sur les origines de cette créature. Si l'on pensait traditionnellement, qu'elle était apparue naturellement et était un cousin éloigné et magique du tamanoir, des chercheurs pensent aujourd'hui qu'il pourrait s'agir d'une création d'un mage noir, à la fin du quatrième millénaire avant notre ère, à la période que l'on qualifie de protodynastique (-3300/-3100), ce qui expliquerait l'apparence de Seth, incarnation du mage noir, sur les fresques et les reliefs avec une tête de sethisard. Peut-être certains sorciers maléfiques prenaient-ils eux-même cette apparence ? Peut-être les premiers membres de l'espèce sont-ils des sorciers restés prisonniers de cette forme animale ? Peut-être ont-ils tout simplement cherché à rendre agressif et dangereux une espèce de tamanoir présente en Égypte et cela a donné, suite à des manipulations magiques, cette créature ?

Il se trouve que certains témoignages tendent à montrer que le sethisard est devenu moins belliqueux au fil des siècles et que dès le Nouvel Empire, il devait recevoir un dressage spécifique pour rester particulièrement agressif et assoiffé de sang. Les individus que j'ai pu croiser lors de mes tournées avec les magizoologistes de la réserve m'ont eu l'air impressionnants mais pas extrêmement féroces.



La réputation du sethisard trouve aussi ses racines dans son alimentation. En effet, il ne se nourrit que de sang, aussi bien animal qu'humain. Sa technique de chasse consiste à lacérer ses victimes avec ses griffes aiguisées comme de véritables lames de métal, puis à aspirer le sang avec sa langue. Celle-ci possède de puissantes propriétés magiques, qui ont été prisées des sorciers, avant qu'il ne devienne une espèce protégée. Elle peut absorber le sang par capillarité comme une éponge se gorgeant de liquide mais de façon très rapide. Le sethisard peut ainsi boire près de six litres de sang à la minute.

Heureusement, il peut rester des jours sans s'alimenter. Son corps stocke le sang absorbé dans une sorte de deuxième estomac, et celui-ci n'est digéré que progressivement. On estime qu'un spécimen buvant six litres de sang peut tenir jusqu'à un mois sans chercher une nouvelle proie. Cela est dû en partie à un métabolisme ralenti, bien plus ralenti que chez les individus de l'Antiquité. De nos jours, il passe les trois quarts de la journée à dormir au chaud, enfoui dans le sable du désert ou dans le creux d'un rocher, ce qui n'était pas le cas de ses aïeux.



Le sethisard forme en général, avec son partenaire, un couple uni tout au long de sa vie adulte. C'est la femelle qui sélectionne, une fois l'âge adulte atteint, à cinq ans environ, quel mâle sera son compagnon pour la vie. Pour cela elle peut parcourir des centaines de kilomètres dans la nature afin de trouver celui qui lui correspond. Le mâle quant à lui est plus sédentaire, même si avec la raréfaction de l'espèce, il a dû également s'adapter et doit parfois lui aussi se déplacer sur de longues distances. C'est le mâle qui soigne ses atouts pour essayer de séduire sa femelle et c'est la femelle qui, une fois son partenaire trouvé, établit et protège son territoire.

Lorsque la femelle est dans des bonnes conditions, que les spécialistes n'ont pas encore totalement identifiées, mais qui sont peut-être liées, entre autres choses, à des phases lunaires, elle pond un oeuf argenté, que le mâle féconde immédiatement et qu'il couve pendant près de trois mois. Cet oeuf est un oeuf d'argent massif, qui au fil de la couvaison, va se vider de son métal, pour laisser la place à l'embryon qui s'y développe. Il semble que celui-ci au cours de sa croissance se nourrisse de la coquille d'argent qui l'entoure, celle-ci s'affinant de plus en plus, pour ne plus être qu'une fine enveloppe lorsque l'oeuf éclot. C'est pour cela que les braconniers guettaient les pontes d'oeufs de sethisard, cherchant à voler ces derniers dès la fécondation effectuée pour avoir le maximum de métal précieux.



Le bébé, une fois sorti de sa coquille, nécessite beaucoup d'attention de la part de ses parents. Ceux-ci le nourrissent pendant les deux premières années directement en mettant leur langue gorgée de sang en contact avec la langue du petit. La croissance est assez lente pendant cette période, et le bébé est vulnérable, ses griffes n'étant pas encore dures comme du métal. D'ailleurs, il reste toujours à l'abri avec un des deux parents, ceux-ci se relayant pour aller chercher la nourriture.

Les deux premières années passées, il va vivre encore deux années auprès de ses parents, qui lui enseignent les techniques de chasse, ainsi que la survie dans un milieu hostile comme le désert. C'est à cette époque de son existence que l'on peut l'admirer lors de déplacements en famille, le petit marchant avec les adultes sous le soleil du milieu de journée. Sa croissance se fait beaucoup plus rapide durant cette période, sa taille pouvant être multipliée par quatre en deux ans ! C'est à cet âge-là que les sorciers cherchant à domestiquer des sethisards les attrapaient, puisqu'ils sont suffisamment grands pour survivre mais encore jeunes et totalement influençables, pouvant donc être facilement dressés, considérant leur dresseur comme un autre parent.



Cette créature quitte sa famille à l'âge de quatre ou cinq ans, mais peut mettre plusieurs années avant de trouver son partenaire. Ensuite, une femelle pond un unique oeuf tous les quatre à cinq ans et peut donc avoir jusqu'à cinq petits au cours de son existence, l'espérance de vie de l'espèce, à l'état sauvage, oscillant entre 25 et 30 années.

Le sethisard est, depuis plus d'un siècle, une espèce protégée, mais des sorciers braconniers sévissent toujours épisodiquement. Son oeuf, fécondé, reste un produit très prisé par certains mages noirs, car renfermant une forte puissance magique nécessaire à certaines potions traditionnelles d'assujettissement, même si celles-ci sont tombées en désuétude, le sortilège d'imperium étant bien plus simple et rapide, ou à des rituels de fabrications d'artefacts, encore utilisés. Les griffes de sethisard ainsi que la langue servent aussi dans certaines potions, mais sont des ingrédients prohibés, auxquels ont été substitués d'autres matériaux.

Le Bureau de Gestion de la Sorcellerie égyptien songe à ouvrir une seconde réserve, plus petite, à l'est de Kom Ombo, destinée, comme la première à la préservation de l'espèce, mais aussi à une étude plus précise de quelques individus, pour mieux comprendre tout leur potentiel magique et répondre à toutes les interrogations que l'on a encore sur leurs origines, sur la façon dont l'embryon se développe dans son oeuf d'argent, sur la capacité de l'animal à synthétiser de l'argent et sur la possibilité de trouver des nourritures alternatives à son développement et bien-être.

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Quand la pluie s'arrête

Quand la pluie s'arrête, le temps aussi. D'abord, on dirait un petit sursaut du ciel, comme s'il avait trébuché et interrompu ses larmes pendant un petit moment. Ensuite, on attend patiemment que les larmes ne reprennent pas. Dans la peur puis dans la joie, on fixe les nuages gris, qui ne déversent plus rien. Une seconde s'égrène après l'autre, jusqu'à ce que ce soit des minutes qui se suivent, des minutes redoutées où tout pourrait basculer. 

Les minutes qui se balancent au-dessus d'un précipice, les funambules de l'attente, qui attendent que le destin et son grand livre décident de quel côté ils doivent se diriger. Alors le Destin maintient sa page en équilibre, comme s'il voulait concilier et apprendre les deux pans d'une même histoire. 

 

Quand la pluie s'arrêta de couler sur son visage, elle fut d'abord si surprise que son souffle mourut entre ses lèvres. Il pleuvait maintenant depuis des lustres, et les torrents d'eau n'avaient pas laissé entrevoir une accalmie une seule seconde. Circonspecte, elle continua de fixer le ciel gris, allongée dans l'herbe mouillée. Ses vêtements dégoulinants collaient à sa peau avant de se noyer dans la terre, sculptant sa forme avec une délicatesse sans pareil. Mais toutes les gouttes n'étaient pas gouttes de pluie. Certaines, un peu plus salées, provenaient d'un autre type de nuage. Celui qui voilait son âme et assombrissait ses iris depuis presque autant de temps qu'il pleuvait sur la colline. 

Elle expira lentement lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait pas essayé de respirer depuis deux bonnes minutes. La rougeur de ses joues contrastant avec sa peau trop pâle, elle continua de respirer sur un rythme lent, qui tentait d'entraver les battements fous et désordonnés de son cœur. 

Alors qu'elle ne l'attendait plus, un rayon de chaleur vint taquiner sa pommette. Son tressaillement secoua bien plus que son corps, et anima, sembla-t-il, l'entièreté de la haute colline. Encouragés par leur prédécesseur, d'autres rayons chaleureux percèrent l'épaisse couverture nuageuse, sans toutefois la dissiper entièrement. Toutefois, c'était largement suffisant pour rallumer une étincelle dans le regard de la jeune du haut de la colline. 

Un léger sourire tordit son visage humide, tandis qu'elle notait quelques changements au sein de son royaume - colline. L'herbe semblait plus drue, d'un vert plus sain, et les arbres portaient de minces bourgeons colorés. 

Avec tous ces nuages, elle ne l'avait pas remarqué. 

 

La page suspendue se tourna un peu plus vers la suite, sans faire de bruit. 

 

Ankylosée, la silhouette mouillée du haut de la colline se redressa lentement, jusqu'à pouvoir s'asseoir en tailleur. Ce n'était pas si mal, finalement ... Même parsemé de tâches sombres et de trouées lumineuses, le paysage était spectaculaire. 

Un oiseau pépia au loin. 

Le sourire s'étira. 

Un rire frais s'échappa. 

Il faudrait un peu de temps, mais le soleil allait briller encore plus fort, sans aucun doute. 

Une larme unique s'échappa alors que la page se tournait complètement. 

 

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