
Il était une fois une tempête, un lueur et deux personnes solitaires.
Dans la pénombre d’une nuit sans lune, une tempête de neige s’était levée, formant un voile blanc et compact tout autour de la maigre cabane qui était perchée sur la colline. Le propriétaire de la demeure s’en moquait par ailleurs royalement, lui qui ne jurait que par son plaid et son chocolat chaud, et qui ne comptait pas mettre un orteil dehors avant le dégel.
C’était sans compter Caroline. Caroline la baroudeuse, Caroline l’aventurière, Caroline la tête brûlée, Caroline qui n’avait pas pensé une seule seconde qu’il fallait vérifier la météo avant de faire de la randonnée. Dans la tempête, cette dernière était vouée à se changer en bonhomme de neige, un sort qui ne lui plaisait guère. Mais si elle était imprudente, la grande rousse disposait d’un courage et d’une ténacité importante, qui lui avaient toujours rendu service pour se sortir des mauvaises passes dans laquelle elle se coinçait sans intervention extérieure.
Aussi, malgré la congère en train de se former autour d’elle, la randonneuse fière et frigorifiée continua à marcher, dans une direction arbitraire parce qu’elle avait égaré sa boussole, mais elle continua à marcher. On ne pouvait pas demander beaucoup plus.
Enfin...si.
Caroline, pour se distraire du froid, décida d’énumérer toutes les pâtisseries qu’elle aurait préféré manger plutôt que de se retrouver ici. La liste était longue, les sucreries étant plus attractives que les tempêtes de neige. Chemin faisant, elle aperçut une lueur, perchée sur un sommet.
Dans son palace douillet, le propriétaire de la cabane commença à entendre des grattements contre les murs, puis des coups légers contre la porte, avant de sursauter face aux déluges de coups brusques qui faisaient trembler la chaumière, et aux cris qui le faisait trembler lui. Il se renfonça dans son plaid, peu enclin à perdre quelques précieux degrés de chaleur en ouvrant une porte.
Après une quinzaine de minutes d’un tapage incessant, il décida d’ouvrir la porte, pour renvoyer l’importun d’où il provenait, et de préférence très loin de chez lui.
Il n’avait pas prévu l’enthousiaste Caroline, qui, dès l’ouverture de la porte, entra dans le chalet avec au moins autant de force que l’ouragan qui rugissait dehors. Le propriétaire bien malheureux se décida à fermer la porte, pour contempler l’inconnue rousse et dégoulinante qui mouillait son parquet.
Cette dernière, avisant le chocolat chaud à côté du plaid, se mit à fixer le malheureux propriétaire de la cabane, l’implorant du regard de lui fournir une tasse de même sorte.
Excédé, il retourna à son plaid et fit disparaître le liquide brûlant sous le regard ébahi de Caroline. Elle n’avait tout de même pas perdue son bagout dévastateur, pour le grand malheur de son hôte.
- Dites, ça vous dirait de faire des biscuits ? J’ai de la cannelle dans mon sac, et vous avez probablement le reste.
Un blanc aussi dense qu’une congère se forma entre les deux, tandis que la proposition retombait comme un soufflé.
L’homme prit enfin la parole, avec une voix bien plus avenante que son attitude le laissait envisager.
- Très bien, c’est d’accord. De toute façon, vous ne me laisserez pas tranquille tant que je ne l’aurai pas fait, n’est ce pas ?
Au moins, il l’avait bien cernée.
Débuta alors une épopée, à base de farine et de pots cassés, qui se termina tant bien que mal par une fournée de gâteaux dans le four, de la farine sur les murs, une Coraline revencharde qui brandissait son pot d’épices comme une arme, alors que le propriétaire tenait un saladier de farine presque vide, qui avait manifestement servi à autre chose que la pâte à gâteau.
- Bouge un orteil, et j’en mets dans tes cheveux blancs ! Tu verras, le roux c’est sympa comme couleur !
- Venant de la personne qui a adopté le blanc farine si vite, tu m’étonnes…
Ni une ni deux, les poudres volèrent jusqu’à ce que le ding d’un minuteur retentisse.
Deux tasses de chocolat chaud plus tard, ils dégustaient les gâteaux encore chaud à même le sol, juste devant le four.
La nuit s’éternisa, et peu à peu, les rires furent remplacés par le silence de Morphée, alors que la tempête se dissipait lentement.
Le lendemain, Coraline ouvrit les yeux, emmitouflée dans un plaid sur un canapé. Seule.
Sur la table, un petit mot d’adieu, qui portait encore quelques grains de cannelle, et un flocon de neige surnaturel. Elle attrapa le flocon, et le glissa dans un médaillon qu’elle portait autour du cou.
Elle savait qu’il serait là de nouveau, l’hiver prochain. Il savait qu’elle reviendrait dans la cabane au plus froid de l’hiver, avec son tempérament épicé et sa douceur maladroite.
Flocons de neige et cannelle.
Le prince de l’hiver souriait.









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